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Posts Tagged ‘Manny Pacquiao sénateur’

 Vainqueur du scrutin du 9 mai dernier dans sa circonscription, l’ancien boxeur Manny Pacquiao a été intronisé ce 19 mai au Sénat philippin. L’athlète dispose déjà d’une expérience politique avec deux mandats de député consécutifs effectués dans la province de Sarangani. Pacquiao qui a raccroché ses gants après sa 58e victoire sur 66 matches*  dans huit catégories de poids, le 9 avril, mais qui n’exclut pas de participer aux Jeux Olympiques de Rio, donne donc un coup d’accélérateur à sa carrière politique. Peut-être le combat le plus difficile pour ce chrétien revendiqué tant ses éventuels scrupules risquent d’être éprouvés.

 

Manny Pacquiao, nouveau sénateur philippin (Tahonews.)

 C’est un coup de poing direct du bras arrière qu’a porté Manny Pacquiao, pourrait-on dire, dans sa stratégie politique : une frappe élaborée et puissante, dont l’ébauche était en composition alors que la célébrité donnait une trame à sa carrière sportive en touchant à plusieurs registres. Véritable gloire des Philippines, Pacman, comme il est surnommé, s’étend sur presque tout le spectre du monde du spectacle : boxeur, acteur, chanteur ; et maintenant avant tout homme politique. Le sportif professionnel qui dut se débrouiller, enfant, pour trouver de quoi survivre veut extraire son pays de la misère. L’argent étant le nerf de la guerre, pour vaincre en politique, il lui fallait une solide assise financière ; en 2007, il attribuait sa défaite électorale à la richesse financière de sa rivale. Modèle de résilience, nourri à la rage de vivre, Pacquiao veut servir son pays et déraciner de la rue ceux qui y trouvent leur résidence comme lui naguère.

Un ring avec la seule conscience pour arbitre moral

 Si boxer ne pose pas de problème de conscience à Pacman (voir notre article « Duel au sommet pour Pacquiao, célèbre boxeur chrétien »), qu’adviendra-t-il de la force de ses convictions dans le combat politique ? Entre les cordes, les coups sont réglementés, la disqualification n’est jamais loin, et le noble art n’abîme probablement jamais les êtres autant que la politique, au plus profond d’eux-mêmes. Là, les K.O. manquent de fair-play, les coups sont fourbes ; la politique est souvent une affaire d’hommes, mais très peu virile parce que les affrontements s’y font de manière perfide et non franche. Son approche participe de l’oxymore car, pour y fleurir, il faut dégrader son âme, feindre l’intérêt pour les blessés de la vie, altérer son sens de la justice et non pas seulement faire des compromis, mais des compromissions. Pour qui est pétri de scrupules, dans un monde politique régi par la règle coutumière philippine du Padrino system, usage qui crible la moralité publique de népotisme et autres formes de favoritisme, y évoluer est une cause de peine morale. Mais aujourd’hui, quasiment tout est politisé puisque les élus, impuissants sur les sujets censés les occuper, prétendent s’exprimer au sujet de tout ; presque tout étant politisé, la communication civile l’est  autant, avec les torsions du verbe qu’engendre la rhétorique politique ; tout comme le favoritisme est partout : dès lors, la participation de Pacquiao à la vie politique n’est peut-être pas davantage risquée pour la concordance de sa foi avec ses œuvres, foi qui peut irriguer ses scrupules, que celle à la vie sociale ordinaire ; en revanche, l’intensité de la corruption morale que suppose la politique, bien au-delà de la corruption au sens pénal qui peut en être une composante, est le plus grand risque qu’encoure Pacman : tricher avec la vérité dans les débats, accuser sans certitude, promettre sans assurance, tisser des amitiés par pur intérêt, frapper dans le dos, manipuler, contrefaire l’empathie pour les électeurs, et ainsi oublier le regard de Dieu : qui, croyant et scrupuleux, n’a jamais eu le sentiment, face aux politiciens ou au comportement de certains chrétiens, qu’ils agissaient comme s’ils faisaient leur le leitmotiv dénoncé par ce verset des Psaumes (73:11), « Comment Dieu saurait-il, comment le Très haut connaîtrait-il ? » ?

 « Le pouvoir tend à corrompre », assurait, désabusé, Lord Acton. A Pacquiao de montrer son sens de l’esquive face aux approches douteuses ou de faire preuve d’un sens du cadrage pour « travailler au corps » afin de neutraliser qui tenterait de l’amener à des actes que réprouve l’éthique chrétienne ; ou encore d’utiliser proprement le cross-counter pour anticiper les coups tordus. Toutefois en évitant, comme il fut proche de l’oublier en boxe, de faire de ses combats une affaire toujours spirituelle. Et en restant vigilant quant à sa sincérité dans ses échanges avec sa fratrie spirituelle : la star argentine du football Gabriel Batistuta se plaignait que des fans catholiques ne le laissassent pas prendre part paisiblement à la messe ; à Pacquiao de savoir gérer sa communion avec ses fans dans son entourage chrétien afin que ne s’y substitue la communication, intéressée, quand bien même sa communauté serait déjà un lot de son vivier électoral.  C’est alors qu’il sera non pas un politicien, mais un politique, un homme agissant pour le bien public.

John John Summer

* « Matches », et tant pis pour la réforme de l’orthographe de 1990 !

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