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Posts Tagged ‘astronaute chrétien’

Le ciel d’août est auguste, de la poussière et des bolides y fulgurent sous le nom d’étoiles filantes dont l’occurrence est particulièrement élevée entre les 11 et 15 du mois. C’est vers 1 heure et demie dans la nuit du 12 que ces météores seront le plus visibles. Du moins si le ciel n’est pollué ni par les nuages ni par la lumière terrestre, ni traversé par l’éclat lunaire. Une pollution largement d’origine humaine, surtout en ville, qui tronque désormais le ciel de la grande majorité de l’humanité. « Celui qui ne contemple pas le ciel a-t-il conscience qu’une dimension fondamentale de l’expérience humaine lui échappe ? », se demande l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, directeur de recherche au CNRS, rapprochant le mystère de la nuit d’une « porte ouverte sur toutes les promesses possibles, source de surprises et lieu d’infinie poésie » (1).

Les vendanges incandescentes de cette année s’annoncent exceptionnelles entre le 11 et le 13 avec probablement deux fois plus de grains de lumière et de bolides qu’à l’accoutumée, car les météores pourraient être au nombre de 200 à 300 en une heure contre 100 à 120 les autres années grâce au détournement de la queue de la comète par la gravité de Jupiter qui l’a ainsi rapprochée de la Terre ; le tout sur un fond mensuel visible assez rare d’alignement apparent de cinq planètes. Et il faudra attendre douze années avant de retrouver un tel essaim de Perséides (2). Ce spectacle de débris qui brasillent se produit lorsque, chaque été, notre planète rencontre sur son chemin orbital autour du Soleil des particules issues de la comète Swift-Tuttle qui se frottent alors à notre atmosphère. La vitesse du choc des météores contre l’air produit de la lumière, et les molécules de l’air arrachent alors les atomes des météores, un affrontement qui donne l’impression qu’ils se consument, pour la plus grande joie des spectateurs.

Perséides (Cité de l'Espace).

Perséides en août 2013 (Cité de l’Espace).

 

Cependant, qu’il s’agisse des étoiles filantes ou des vrais corps stellaires, 80 % de la population mondiale n’a plus accès à l’impressionnante lumière que permet un ciel dégagé la nuit et l’absence de rayonnement lumineux d’origine humaine, un chiffre qui monte à 99 % chez les seuls Européens et Américains. « Nous nous sommes habitués à un ciel bien moins riche en étoiles qu’il ne l’est naturellement », regrette Fabio Falchi de l’Institut italien de la pollution lumineuse, pour qui « le plus grand spectacle de la nature a disparu. » Le ciel étoilé que l’on observe à la campagne n’est rien à côté de celui que l’on peut voir en pleine mer. L’homme perçoit probablement moins d’astres que le phoque commun qui se repère dans l’océan la nuit grâce à… l’étoile polaire (3). L’espace, aux images invisibles à l’œil nu aujourd’hui démocratisées, notamment celles magnifiques que nous communique Hubble, est paradoxalement devenu invisible concernant ce que discernaient naturellement les hommes. Des corps auparavant manifestes pour tous sont maintenant une cible nécessitant des vecteurs comme les simples lunettes astronomiques qui, dans bien des cas, sont davantage une prothèse, compensant ce que l’humain amputé de sa capacité d’observation du ciel a perdu, que de simples outils d’amélioration, vecteurs que ne possèdent pas les 80 % des habitants de la Terre aux cieux appauvris.

« Je me souviens du ciel extraordinaire vu depuis l’orbite, du côté de la face cachée de la Lune. Mais de l’autre côté, on ne voit pas les étoiles, la Terre est trop présente, trop brillante, elle prend toute la place », se souvient avec nostalgie Charlie Duke, le dixième homme à avoir marché sur la Lune (4) – les photos prises depuis la Lune, d’ailleurs, ne permettent pas de rendre compte de la beauté du réseau d’étoiles sur fond de noir profond, les appareils étaient réglés pour capturer le décor lunaire.

L’atrophie de la vue sur le ciel, un allégorie de la perte de la vue sur le Ciel

Cette perte de contact visuel avec les étoiles est certes scientifiquement compensée par des découvertes sur le cosmos – à côté de beaucoup de spéculations et théories, nécessaires – que ne perçoivent pas les sens privés de la technique, telles que la confirmation de l’existence des ondes gravitationnelles ou la musique des sphères – ainsi, le Soleil résonne en sol dièse –, mais, sans militer contre l’urbanité, on peut regretter que l’homme ait perdu une part de la lettre stellaire du Créateur. Pareillement, sur un plan allégorique, n’y a-t-il pas matière à constater la corrélation entre, d’une part, un exponentiel développement économique qui détourne comme jamais l’homme de la spiritualité en le réduisant à un statut de consommateur, et, d’autre part, l’urbanisation croissante arrachant à l’homme sa vue des cieux et faisant de lui la mesure de toute chose sous une voûte bien plus vaste que lui ? Ou encore à assimiler cet épuisement du visible à l’agitation des inquiétudes phosphorescentes dans la nuit humaine qui dissimulent la présence de Dieu ?

Charlie Duke était officiellement chrétien avant d’aller sur la Lune, mais, pas plus qu’il ne sentit la présence de Dieu sur notre satellite, il ne trouvait Dieu dans son église, affirme-t-il. Cependant son expérience spatiale l’aida indirectement à cheminer vers son Créateur : lors d’une retraite de deux jours dans un ranch pour étudier la Bible, alors qu’il tenait son café dans une main et le Livre saint sur ses genoux, ses yeux se décillèrent, il réalisa que Dieu l’aimait depuis la Création de l’Univers, et il lui confia immédiatement sa vie : par comparaison avec son expérience lunaire, il avait vu l’essentiel, même la Lune n’avait pu satisfaire son désir de réussite. La frénésie du souvenir de ses pas sur l’astre le plus proche de notre planète a cédé devant l’excitation des pas qu’il fait avec Dieu. Un changement de perspective spirituel nécessaire pour rencontrer Dieu, ainsi qu’est nécessaire celui de qui veut admirer le ciel et doit s’éloigner de la pollution lumineuse, accoutumer ses yeux au noir pendant 15 à 30 minutes pour voir un peu de ce que vit Duke lors de son changement de perspective spatial pour a posteriori davantage apprécier son expérience d’astronaute.

John John Summer

(1) Sciences et Avenir, Hors-Série, numéro 186, C’est un bonheur de découvrir le ciel avec un enfant, p.6.
(2) Et en 2032, la Terre traversera une exceptionnelle pluie de Léonides, un essaim de météores de la comète Tempel-Tuttle qui passera à grande proximité d’elle. En 1966, la fréquence d’étoiles filantes de cet astéroïde était de 150 000 en une heure, une activité qui s’explique par la jeunesse de la comète (moins de 500 ans contrairement à Swift-Tuttle qui avait déjà été aperçue en l’an – 69, avant d’être répertoriée en 1862) ; en 1999, Tempel-Tuttle sillonna à nouveau l’espace près du soleil, la pluie cosmique fut moins drue mais elle dura jusqu’en 2002. Cette comète périodique dont la période orbitale autour du Soleil est d’un peu plus de 33 ans, et qui passe tous les ans vers novembre près de la Terre, « frôlera » cette dernière pour un spectacle grandiose.
(3) Sciences et Avenir, ibid., Les animaux nocturnes se repèrent-ils aux étoiles ?, p. 34.
(4) Ciel & Espace, numéro 537, p.60, Charlie Duke, Astronaute d’Apollo 16, « La NASA n’est plus aussi audacieuse ».

 

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