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« Alors ceux qui craignent l’Eternel se parlèrent l’un à l’autre »

(Malachie 3:16)

C’est ici un article d’actualité que je commets, au vu d’une certaine juvénilisation que vit le monde chrétien avec le refus de passer du lait spirituel à la nourriture spirituelle solide.

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Parler de la réflexion dans l’Église suppose d’emblée de définir l’Église. C’est, bien entendu, l’assemblée des croyants, mais aussi une structure énoncée en Éphésiens 4:11 comprenant des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et enseignants. Une église repose ainsi sur une assemblée au sein de laquelle se trouvent différents ministères diffusés et non concentrés. Le terme « pasteur » n’est pas à entendre au sens contemporain, il s’agit bibliquement d’un synonyme des mots « ancien » ou « ange », davantage quelqu’un qui accompagne qu’il ne contrôle. Au sein de l’assemblée, on trouve plusieurs anciens ; de nos jours, un ancien principal est pasteur officiel, souvent rémunéré, et les autres anciens n’ont pas le même ministère que lui. De plus, la parole n’est plus annoncée en discussion libre mais d’une estrade, une chaire, en tout cas d’une position géographique d’autorité et dans un format empêchant la discussion directe puisque le message est présenté de façon monolithique. Ce schéma déresponsabilise d’ailleurs l’assemblée, devenue assistance, et confère une autorité que ne prévoyait pas la Bible au pasteur. Mais, dans sa grande miséricorde, Dieu fait avec, comme il peut utiliser des églises prêchant l’idolâtrie pour toucher des cœurs, sans pour autant accepter leurs hérésies. Ce n’est pas sur ce point que je vais me prononcer, mais je l’aborde pour introduire mon propos.

Dès lors que l’assemblée devient une assistance, elle ne se comporte plus comme les Juifs de Bérée qui vérifiaient dans les textes saints dont ils disposaient alors le sérieux des sermons (Actes 17:10-11). Se déchargeant du souci de l’enseignement, elle est susceptible de perdre le discernement puisqu’il est également probable que n’étant qu’assistant à l’église, même en agitant les bras, le chrétien ne soit pas bien davantage acteur de sa vie de foi chez lui. Autrement, il se questionnerait sur sa place dans la communauté.

Comment vivre une vie d’assemblée active en n’étant que spectateur ? Il faudrait intervenir par exemple en discutant (de) les prédications, en interpellant les pasteurs ou les anciens, en apportant la parole, le tout sans chercher la confrontation en cas de désaccord comme aiment si bien le faire certains en quête de conflit ou de gloire. Dès lors, on ne serait plus spectateur puisque l’on agirait – on agirait de façon autonome (non pas indépendante). Imaginez deux prédications se présentant l’une comme une réponse à l’autre, un peu comme les épîtres de Paul aux Romains et aux Éphésiens et celle de Jacques peuvent se lire apparemment de façon dialectique concernant la prévalence de la foi ou celle des œuvres (Romains 3:28, Éphésiens 2:8-9 et Jacques 2:24)… C’est dans la confrontation de vues que les relations avancent, et celles dans l’Église également. Or, un spectateur qui confronterait ses vues avec un pasteur ne serait plus spectateur mais acteur. On le voit, passer de l’état de spectateur à celui d’acteur ne demande pas grand chose… Malheureusement, la culture actuelle, festive, laisse entendre que le spectateur est acteur non pas parce qu’il agit mais parce qu’il s’agite : la louange est devenue très festive, les gens sont priés de se lever, d’étendre les bras, de frapper dans les mains, et cela varie selon les cultures. En soi, danser pendant la louange, étendre les bras, etc., ce n’est pas un souci, mais où est l’agir quand cela se fait sur commande ? A-t-on le droit de refuser de lever les bras parce que l’on préfère honorer Dieu autrement, que l’on n’apprécie pas ce qui se passe ou que le chagrin pèse trop sur les bras ? Un Allemand, en raison de l’Histoire (bien que l’évolution se fasse), ne tendra pas forcément le bras, un Japonais ne battra pas forcément des mains, et rien ne peut assurer qu’ils soient moins passionnés de Dieu qu’un chrétien « happy-clappy ». Davantage en retenue, ils auront pourtant peut-être été davantage acteurs que ceux qui auront agité leurs membres sur commande, au moins dans le fait de manifester une distance (l’inverse vaut aussi). On le voit là aussi, passer de l’état de spectateur à celui d’acteur ne nécessite pas un courage démentiel… Juste de ne pas céder au désir de conformité dans le groupe, désir de conformité favorisé par la dilution des individualités dans l’ensemble.

Comment ne pas se sentir gonflé à bloc en dansant sur des cantiques enthousiasmants, comment ne pas sentir le vent dans ses voiles quand tombent des termes très positifs tels « extraordinaire », « magnifique », « super » pour la moindre chose, sans que l’on ne puisse mesurer l’extraordinaireté des faits non précisés… (?) L’abus de superlatifs non justifiés peut même amener à parler de « miracles extraordinaires », alors qu’un miracle est par définition extraordinaire : on ne peut que supposer qu’un miracle extraordinaire est un miracle encore plus surprenant que ceux auquel on peut avoir été habitué. On demande à voir, alors, pour s’assurer qu’il ne s’agit pas que de mots… Et la même prudence devrait être de mise concernant le vocabulaire en général, la louange, discerner entre les émotions et la réflexion, entre les émotions et l’onction. Passé le feu de l’émotion, le spectateur pourrait se demander s’il a vraiment été acteur et s’il ne s’est pas illusionné sur sa réception de la bénédiction.

indexL’entrée à Jérusalem (Hippolyte Flandrin)

Être positif n’est pas un souci en soi, mais un « positive thinking » abusif qui permet de nourrir des illusions et neutraliser la réflexion, jusqu’à laisser entendre que qui réfléchirait serait négatif, en est un. Je n’aime pas les surinterprétations de la moindre image de la Bible cherchant un message là où il n’y en a peut-être pas, mais je relèverai avec un certain amusement que Jésus entra dans Jérusalem sur un âne dont l’une des caractéristiques injustement méconnues est son intelligence : voici un animal qui vous portera et avancera non point parce que vous le lui ordonnez, mais parce qu’il a accepté de travailler avec vous et évalué autant que possible les risques, contrairement au cheval. En quelque sorte, l’âne est un esprit critique : volontaire, sociable, affectueux, positif, mais prudent. Une synthèse de la douceur de la colombe et de la prudence de l’aspic. Rien ne permet d’affirmer que Jésus ait voulu exprimer cette image ; elle illustre cependant parfaitement l’appel au chrétien que peuvent étouffer le festif et le « positive thinking » refusant toute réflexion : il doit être un participant pensant.

John John Summer

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« Or, quand vous priez, n’usez point de vaines redites, comme font les païens ; car ils s’imaginent d’être exaucés en parlant beaucoup »
(Matthieu 6:7)

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Image : Craig T. Owens

J’ai l’ennui de connaître dans ma famille une personne qui adore faire de longues prières à table. Pour moi qui me contente d’un « Seigneur, je te remercie pour ces aliments ! », éventuellement décliné sous une forme plus sociale en raison de la présence d’une ou plusieurs personnes au même repas que le mien, les prières de ce parent sont un supplice. Parfois, quand des incroyants sont à la même table, on entend des fous rires pendant sa supplique. Tout y passe, de la faim dans le monde (un classique chez bien des évangéliques qui me semblent davantage le dire pour rallonger qu’en raison d’un souci réel à ce sujet) à l’évangélisation, ou presque.  A la fin, heureusement que la moisissure n’a pas encore pu se développer. Il remporterait haut la main le championnat du monde du bénédicité le plus long… Quoique… Combien de chrétiens occupent un temps de bénédiction, de louange ou de prière collectifs privant les autres d’exprimer à haute voix leur reconnaissance ou leurs requêtes ? Et Dieu dans tout cela ?

N’étant long que lorsque je trouve les circonvolutions utiles, et disposant de l’idée que Dieu est omniscient et omniprésent, en plus d’être bon, je ne juge pas utile de lui expliquer ce qu’il peut faire ni d’insister pour qu’il bénisse mon repas : il est bon, il le fera. A ce stade de la rédaction me vient d’ailleurs une anecdote quant à sa bonté : il y a huit ans, je m’étais acheté un laurier rose pour agrémenter ma cuisine d’un arôme méditerranéen, et il m’arrivait d’en mâcher des feuilles. Dans mon enfance, nous avions un laurier dans le jardin ; voilà pour l’explication. Mais il ne s’agissait pas du même laurier, le rose étant toxique, une feuille pouvant tuer un homme. Des soldats de Napoléon perdirent la vie en en utilisant pour rôtir des agneaux. Je ne le savais pas, mais peu importe ! Dieu savait, était là et se caractérisait par sa bonté : je n’avais pas songé à faire des prières astronomiques avant de mâcher ces feuilles, je n’avais même pas imploré la grâce de Dieu sur ma consommation. Encore moins demandé qu’il bénisse mes activités concomitantes à ma dégustation. C’est en recherchant des informations pour m’occuper de mon laurier rose que je découvris que je consommais du poison. Jamais je n’avais ressenti le moindre malaise après en avoir utilisé. Bref ! il est inutile de prier longuement Dieu au risque de le soûler de paroles avant d’avoir entamé son premier verre de vin, il est déjà heureux d’un « Merci ! » court mais venant du cœur et qui lui est adressé, à lui vraiment, et non aux compagnons supposés admiratifs.

Des prières sophistiquées pour un Dieu de simplicité ?

Dieu est simple avec l’homme, sa façon de penser n’est pas la nôtre, elle est déjà sans prétentions ridicules, et c’est une grande différence. Ainsi, Jésus pouvait multiplier les bénédictions sous forme de pain et de poissons, tout en déconseillant de multiplier de vaines paroles. Parce que Dieu n’est pas une divinité païenne qu’il faudrait invoquer même au prix du sang comme les prophètes de Baal (1 Rois 18:22-38). Sa façon de penser est également empreinte de bonté : il suffit de demander la bénédiction pour l’avoir sur son repas, car Dieu se réjouit de voir ses enfants entretenir leurs corps… Jésus a ainsi illustré la grâce de Dieu : « Quel père parmi vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? ou s’il lui demande du poisson, lui donnera–t–il un serpent au lieu d’un poisson ? Ou s’il demande un œuf, lui donnera–t–il un scorpion ? » (Luc 11:11-12). Qui pourrait penser qu’un père censé être bienveillant, selon l’exemple de Jésus, pourrait exiger des formes pour bénir un repas plutôt que d’écouter les prières ou agréer les louanges venues du fond du cœur ? Soit les longues prières ont pour finalité la visibilité d’une super-spiritualité, soit elles ont pour justification une méconnaissance de la simplicité de Dieu. Soit les deux.

long prayersImage : poemsofjoy.com

Ainsi, Dieu étant bon et omniscient, même un oubli dans la prière ne la rend pas ineffective. Même omettre l’un ou l’autre mot du « Notre Père » n’emportera pas de rejet de la prière par Dieu : il ne s’agit que d’un modèle de prière pour que les disciples réalisent la bonté paternelle de Dieu. Et de surcroît un modèle bien court… Terriblement court par rapport à ce que l’on peut entendre lors de certains repas ou pendant différents cultes.

Je lisais un jour l’histoire d’un prisonnier chrétien en Chine qui, tant affaibli par les privations et les violences, n’avait plus la force physique de parler, la lucidité pour dire mentalement une prière ou une louange. Cet homme avait alors eu cette lueur, il s’était levé et tenu droit devant Dieu en guise de prière. C’était tout ce qu’il pouvait encore faire, mais c’était, j’ose le supposer, plus intense pour Dieu que les prières extensives : « Seigneur, tout mon être désire t’adorer, mais mon esprit est tellement confus que je ne peux même pas prier. Si je me tenais debout dans ma cellule, accepterais-tu cela comme un acte d’adoration ? » (1).

Parmi les vaines paroles, il arrive que l’on entende même suite à un événement au moins désagréable : « Seigneur, fais que ça ne soit pas arrivé ! »… Et l’on a alors très envie de demander à la personne de répéter ce qu’elle vient de dire, non pas pour rallonger mais pour être sûr d’avoir bien entendu… Ce qui est arrivé étant forcément arrivé, quand bien même on l’effacerait, ce sont là des paroles vaines. Certes, pas forcément dans le but d’étendre la prière dans le temps, mais leur vanité est là. Je peux tout à fait comprendre que, sous la stupeur, on puisse prononcer des paroles de ce type, mais cela ne change rien quant à leur vacuité. Et ce sont cette vanité, cette vacuité que l’on retrouve dans nombre de prières et de louanges, par exemple dans les cantiques chantés en boucle tels des mantras pour faire réagir le saint Esprit.

Cela n’exclut pas de facto de prier longuement, Jésus passa au moins une nuit dans la prière (Luc 6:12) et pria longuement et même de manière répétitive juste avant son arrestation (Matthieu 26:38-44), mais le même Jésus ne fit pas dans la prière rhétorique, n’usa pas de la dialectique hégélienne pour étirer son temps de prière, ne dit pas « Abracadabra ! je déclare par la puissance de Dieu […] et […] ainsi que […] Dieu peut ressusciter Lazare ! » Que nenni, il fut sobre et demanda simplement à son ami décédé de sortir du tombeau (Jean 11:43). Et les quelques mots que Jésus prononça auparavant, il les dit parce qu’il fallait que la foule vît qu’il était bien envoyé de Dieu (v. 41-42).

L’enfant qui demande du pain à son père est simple et confiant, il sait que son père n’est pas stupide ou sourd. Ou malicieux au point d’exiger tout un décorum avant de satisfaire à la demande.

John John Summer

(1) « Héros d’hier-Et aujourd’hui ? », Éditions Farel, Frère André.

« Ô quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi ni aux autres ? » (Bossuet) (1).

Cette phrase extraite d’une lettre de Bossuet illustre densément la question du paraître qui trouve aussi place dans le milieu chrétien et se décline entre l’illusion donnée aux autres et celle à soi-même.

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   L’Église est, pour ainsi dire, une société de rachetés mais de rachetés encore terrestres. « Le cœur de l’homme est tortueux par dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? », demandait Dieu par le prophète (Jérémie 17:9), et tant que nous serons dans ce monde, nous serons soumis à diverses tentations et faillirons, et parmi elles celle du paraître. Présenter l’image du chrétien parfait, voire quasiment surnaturel en raison d’une prétendue connexion à très haut débit qui fait de soi un chrétien de l’éther net, très aérien et propre peut se faire en relâchant la pression par le biais d’une tartufferie presque vitale pour ne pas sombrer subitement comme après un diète mal gérée ; mais l’humain possédant un cœur tortueux, il est capable de se mentir à lui-même, sur ses vraies motivations, sur sa réalité.

 La psychologue Monique de Kermadec a mis en perspective deux études révélatrices du mensonge sur soi. La première, menée 1986, révèlait que 80% des automobilistes se considéraient plus adroits et moins dangereux que la moyenne : si cela est possible, dès lors que l’on quantifie la prudence et que 20% roulent tels des bateaux ivres, sans maîtrise, beaucoup moins bien que la moyenne, ça ne l’est pas dès lors qu’il s’agit de se positionner sur la moralité de sa conduite. Cette impossibilité logique sur le plan moral se retrouve également dans une autre étude, de 2013, menée auprès de prisonniers révélant leur sentiment d’avoir des dispositions morales supérieures à celles des intentions de la moyenne (better than average effect). Une supériorité morale illusoire, au vu des raisons de leur enfermement qui peut s’expliquer par le désir sinon le besoin de justification : ici, sur le plan des intentions, c’est une possibilité, rien n’assure que la majorité des gens ne rêvent pas de voler quand une dépense est impossible tout en songeant à voler, et commettre des crimes peut-être pires que ceux des condamnés, mais seuls les faits peuvent compter pour juger, et les prisonniers ont, s’ils n’ont pas été condamnés à tort, commis des délits et des crimes que n’a pas tenté la majorité. Dans les deux études apparaît une sur-indulgence envers soi si ce n’est également une surévaluation de ses aptitudes et qualités. Un biais cognitif qui vaut également pour l’estime intellectuelle que l’on peut avoir de soi ou l’appréciation de sa propre spiritualité.

 La Bible dit que le cœur humain ne peut être vraiment connu que de Dieu, et l’apôtre Paul assure : « Si je distribue tous mes biens aux pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien » (1 Corinthiens 13:3). Comment une telle distinction peut-elle exister ? L’abnégation jusqu’à la mort, n’est-ce pas une marque d’amour ? A priori, l’on serait tenté d’opiner. Mais le discernement, aussi bien extérieur qu’introspectif, peut amener à détacher les actes des motivations. Aussi bien un discernement purement psychologique, le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate (qui pour les Anciens invitait à l’humilité), que spirituel peuvent aider à comprendre les ressorts de ses gestes loués par l’assemblée et fièrement considérés par soi.

 « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur » (Hébreux 4:12)

 L’abnégation, c’est en quelque sorte la mort à soi-même : renoncer à ce à quoi l’on est attaché, même la vie par amour pour une personne, un idéal. L’homme qui, comme le Christ s’est donné pour l’Église, doit être disposé à mettre sa vie en jeu pour protéger sa femme ; les parents qui doivent être prêts à faire prévaloir la survie de leur enfant menacé sur la leur ; le soldat qui est prêt à mourir pour défendre sa patrie. Rien que de la noblesse, mue par l’amour. Mais comment reconnaître le soldat qui, habité d’un fort amour pour sa communauté, sa famille, accepte le risque de voir son sang couler de celui qui, tête brûlée, en quête de gloire, meurt au combat ? La communauté n’a pas à tenter de discerner, elle doit rendre hommage à ceux qui ont veillé sur elle et ont péri, quel que fût le soubassement de leur bravoure. Et même ceux qui ne furent point braves, mais téméraire – car leur inconscience face au danger empêche de parler de courage -, car la communauté ne peut pas discerner.  Chacun verra sa mémoire et son sacrifice honorés… (et un jour oubliés), mais certains sont morts sans mourir à eux-mêmes, juste par vanité, la quête de la gloire, pure apparence. Et que dire de la personne qui se dévalorise tellement qu’elle peut sacrifier sans peine, sa vie ou son temps ? En apparence, elle pourra paraître dévouée alors qu’elle cherche peut-être de la reconnaissance, croit qu’en s’oubliant elle obtient le respect qui lui fait tant défaut. Elle pourra être honorée… (et un jour oubliée). Tout comme celle qui fait don d’elle-même dans la communauté des chrétiens et est motivée non par un désir d’abnégation mais celui de désir de paraître aux autres mais également à soi… car, dans ses méandres, le cœur humain peut inciter à se mentir sur soi. Comme peut-être dans le cas des 80% d’automobilistes se jugeant plus respectueux de la loi que la majorité des conducteurs ou les prisonniers assurant disposer d’un sens moral supérieur à celui de la majorité des citoyens en liberté. Dans le cas des chrétiens, Dieu fait la différence, l’entourage chrétien peut éventuellement discerner, que ce soit pour tendre la main ou éviter que la personne « dévouée » n’en fasse trop à son propre détriment ou celui de la communauté.

 Bossuet écrivait : « Ô quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi ni aux autres ? Quand serai-je content de n’être rien, ni à mes yeux, ni aux yeux d’autrui ? Quand est-ce que Dieu me suffira ? Ô que je suis malheureux d’avoir autre chose que lui en vue ! Quand est-ce que sa volonté sera ma seule règle, et que je pourrai dire avec saint Paul : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde ; mais un esprit qui vient de Dieu ? » Esprit du monde, esprit d’illusion et de vanité, esprit d’amusement et de plaisir, esprit de raillerie et de dissipation, esprit d’intérêt et de gloire, Esprit de Dieu, esprit de pénitence et d’humilité, esprit de charité et de confiance, esprit de simplicité et de douceur, esprit de mortification et de componction, esprit qui hait le monde, et que le monde a en aversion, mais qui surmonte le monde : Dieu veuille nous le donner. »

 Dès lors paraître pour être honoré ne comptera plus et paraîtra par ailleurs d’une grande futilité : en s’oubliant en apparence, on obtiendra les honneurs dans l’immédiat, mais le temps efface la mémoire du dévouement apparent… Y aurait-il un intérêt sérieux à passer pour ce que l’on n’est pas devant le monde alors que Dieu ne s’attache pas aux apparences qui dupent le monde ? Y aurait-il un intérêt sérieux à passer pour ce que l’on n’est pas devant l’Église alors que Dieu n’est pas ingénu ?

 Mais, et je terminerai sur cette conclusion ouverte, l’on peut se mentir sans rechercher les honneurs : l’éducation, le conditionnement peuvent favoriser des dispositions de service qui n’ont que peu à voir avec l’amour. Ainsi des enfants de pasteurs éduqués pour faire honneur à leurs parents dans la communauté et qui se dévouent sans compter aux autres peut-être sans jamais examiner les tréfonds de leurs motivations (il ne s’agit pas de plonger dans une introspection ennuyante car abusive) et qui peuvent croire être mus par le seul amour alors que c’est la seule manière d’être dans l’église qu’ils connaissent pour être de bons chrétiens. En toute chose, demander à Dieu de juger les sentiments et les pensées du cœur, sans que cela ne devienne une obsession puritaine, m’apparaît comme sain. « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean 3:30) ; et plus il croît, plus l’on peut apprendre de lui sur soi, sur ses motivations.

John John Summer

(1) « Œuvres complètes de Bossuet, Tome onzième, Lettres diverses »

Dans Will Hunting, le personnage principal se gaussait d’un étudiant de l’une des grandes universités du Massachusetts qui, infatué de son savoir, aurait pu l’obtenir pour 1 dollar 50 de frais de retard à la bibliothèque au lieu de débourser 150 000 dollars en frais scolaires. Si Harvard est réputée pour son excellence, la plus ancienne université américaine a récemment fait parler d’elle pour une prétention culturelle controversée. Une messe satanique devait se dérouler ce 12 mai dans la soirée à Harvard, mais a été annulée, faute de salle disponible. L’événement, présenté comme une reconstitution, était programmé par un groupe d’étudiants à des fins éducatives.

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Le Harvard Extension Cultural Studies Club avait tenté d’organiser la messe au Middle East Restaurant, mais les responsables avaient refusé de l’accueillir. La présidente de l’Université, Drew Faust – sans ironie -, avait qualifié la messe prévue de « détestable et agressive », mais avait fait valoir la liberté d’expression des étudiants. Mme Faust avait dénoncé le projet de messe sur le site Internet de Harvard comme une provocation à l’encontre de l’Église catholique dont un événement sacré devait être ainsi moqué, ajoutant que la décision du club était « de façon flagrante irrespectueuse et incendiaire ». La présidente avait précisé qu’elle prévoyait de prendre part à une eucharistie sur le campus le même soir que la messe satanique.

L’archidiocèse de Boston avait, en effet, décidé d’organiser une célébration du sacrifice du Christ, débutant par une procession entre le Massachussetts Institute of Technology et l’église Saint-Paul dans le jardin de Harvard. L’intention était de « combattre le mal », et l’archidiocèse avait exprimé sa crainte que les participants à la messe controversée « sous-estiment l’empire de Satan ».

Les membres du club, quant à eux, affirmaient que la messe noire n’aurait qu’une visée éducative et qu’il s’agissait d’explorer d’autres cultures. C’est en raison du caractère culturel de l’événement que l’Université avait dû l’accepter, ne pouvant créer de discrimination. Mais, pour le Révérend Michael Drea, « Tout ce qui trouve ses racines dans la haine ne peut être mis dans la même catégorie que la liberté et l’expression académiques. » Le prêtre avait ajouté qu’il n’y avait pas de malentendu quant à un acte satanique qui dégrade la liturgie catholique, car il ne s’agissait pas de mauvaise compréhension mais de faits.

Le Harvard Extension Cultural Studies Club avait décidé d’organiser la messe noire avec des membres du Temple satanique de New York, une association dont l’un des objectifs est que soit érigée une statue satanique en bronze devant la Chambre de l’Etat de l’Oklahoma cette année.

Ce n’est pas la première fois que l’une des universités de la prestigieuse Ivy League voit la controverse suscitée par des projets dits culturels. En 2008, une étudiante avait fait scandale en décidant d’exposer une installation représentant ses avortements et créée à partir d’eux. La présidence de Yale et l’artiste, Aliza Shvartz, se contredisaient sur cette dernière caractéristique de l’installation, l’étudiante assurant qu’elle s’était vraiment fait inséminer afin d’avorter, l’Université affirmant qu’elle lui avait prétendu le contraire.

John John Summer

Défilé de la Saint Patrick.

Défilé de la Saint Patrick.

 Voudrait-on mettre une célébration d’essence chrétienne en bière, on pourrait en nier son origine ainsi que c’est le cas depuis des années avec différentes fêtes comme celles Noël. Mais il est également possible de renier la spécificité aussi bien chrétienne que purement « ethnique » d’une fête en déplaçant le sujet de l’événement. La Saint Patrick en a fait les frais cette année dans la Big Apple, le lobby LGBT a forcé le brasseur irlandais Guinness a boycotter la fête.

La traditionnelle parade de la Saint Patrick sur la 5e avenue à Manhattan, lundi 17 mars, a eu lieu sans le soutien de Guinness qui aura cédé sous à la pression LGBT. Les militants homosexuels avaient en effet décider de faire mousser leur combat en affichant leur appartenance à cette « communauté » au sein de la communauté irlandaise et s’étaient heurtés au refus des organisateurs.

Depuis une vingtaine d’années, les mouvements LGBT exigent de pouvoir parader lors de la Saint Patrick, et la Cour suprême des Etats-Unis avait eu à se prononcer en 1995, dans l’arrêt Hurley v. Irish-American Gay, Lesbian, and Bisexual Group of Boston : les juges fédéraux avaient donné raison aux organisateurs de la célébration à Boston, en faisant valoir qu’ils étaient fondés à refuser quiconque viendrait avec une message ne correspondant pas avec leurs valeurs. La Cour avait mis en avant le caractère privé de l’organisation.

Toujours sensible aux voix communautaristes, le nouveau maire de New York, Bill de Blasio, a boycotté la manifestation, tout comme son collègue de Boston, Martin Walsh. Le bar homosexuel Stonewall Inn avait annoncé qu’il ne vendrait pas de Guinness, et GLAAD, une association de défense des homosexuels avait menacé d’organiser un événement anti-Guinness le jour de la Saint Patrick si le brasseur ne retirait pas son soutien à la parade. Le terrorisme économique a fonctionné puisque Guinness a rejoint ses concurrents Heineken et Sam Adams qui avaient déjà annoncé leur absence vendredi dernier. Pour justifier sa décision tardive, prise au dernier moment, Diageo, la maison-mère de Guinness, a assuré : « Nous avons espéré que la politique d’exclusion soit annulée pour la parade de cette année. Comme cela n’a pas eu lieu, Guinness retire sa participation. Nous allons continuer à travailler avec les leaders de ces communautés pour nous assurer que les futures parades appliquent une politique non-discriminatoire. »

Si la Saint Patrick est une occasion d’entrechoquement des chopes dans une atmosphère bon enfant et de rappel des origines, c’est aussi une fête chrétienne célébrée à New York chaque 16 ou 17 mars – une souplesse calendaire pour éviter le dimanche. Maewyn Succat, futur évêque Patricius, est l’évangélisateur de l’Irlande où il a fait bâtir des églises, des monastères et des écoles au Ve siècle. C’est à sa suite que le trèfle est devenu le symbole de l’Irlande ; il avait expliqué la Trinité en montrant une feuille de cette plante à l’occasion d’un sermon. Très populaire dans la belle Erin et dans la diaspora irlandaise, sa fête donne lieu à de nombreuses manifestations. Celle de New York regroupe environ 150 000 participants, sans compter les deux millions de personnes qui assistent au défilé du cortège. Parade célébrant l’Irlande et son saint patron, il allait de soi que les revendications homosexuelles ne seraient pas acceptées : parce que c’était une provocation envers les catholiques, mais aussi parce que le sujet concernait l’Irlande et que ceux qui voulaient défiler ne le faisaient pas en exhibant leur sexualité mais leurs liens avec l’Eire. De fait, personne n’empêche les homosexuels ou les transsexuels de prendre part à la manifestation, tant qu’ils ne changent pas l’objet de celle-ci. De la même façon que la parade de la Saint Patrick n’est pas l’occasion d’agiter les emblèmes du Mexique dans le cortège sur la 5e avenue. Le Premier ministre irlandais, Enda Kenny,qui a pris part à l’évènement à New York, a replacé les choses dans l’ordre, rappelant que c’est là une occasion de manifester sa « fierté d’être irlandais et non [sa] sexualité ».

Déplacer le sujet d’un événement, c’est une stratégie à laquelle sont rompus les mouvements LGBT : ils décident d’y participer ou de le contester en mettant en évidence leur spécificité alors que l’objet de la manifestation ne concerne en rien la sexualité – et quand bien même la concernerait-il, s’il est l’hétérosexualité, la revendication homosexuelle n’y a pas sa place, n’étant pas directement le sujet. Les Jeux de Sotchi en ont récemment fait les frais avec toute une propagande anti-Poutine pour son interdiction de la propagande homosexuelle dans l’espace public – l’homosexualité n’est pas pénalisée en Russie, quoi qu’en disent les médias peu curieux, les manifestations LGBT si, dans le but de protéger les enfants ; et de plus en plus d’établissements bancaires proposent des produits financiers LGBT, ainsi le Crédit Suisse, ou BNP Paribas qui a convié ses salariés à une conférence intitulée « L’orientation Sexuelle : une question d’opportunité business » – avec une majuscule à l’adjectif. Les militants LGBT ont réalisé tout l’intérêt qu’il y avait à réclamer que les entreprises s’adaptent à leur sexualité : elles perdraient leurs clients ou ne les attireraient pas, tandis que la clientèle qui ne serait pas « hétérosexuelle militante » serait indifférente à ces choix publicitaires.

Cette provocation et cette victimisation ne s’accompagnent cependant pas d’une ouverture des manifestations homosexuelles aux « hétérosexuels militants » : si des hétérosexuels tiennent à participer aux Gay Prides, ils ne sont pas refoulés, mais ils ne le pourront pas en tant que militants hétérosexuels, alors que les militants LGBT tiennent à être de la parade de la Saint Patrick non pas en tant que proches de l’Irlande, indifféremment de toute orientation sexuelle, mais en tant que militants. Déplaçant ainsi l’objet de la fête à la question sexuelle pour se poser en victimes d’une prétendue discrimination. Pas plus que ce souci de la diversité ne les encombre pas quand ils organisent les Gay Games, jeux olympiques homosexuels, où l’on image mal des militants hétérosexuels pouvoir participer en tant que militants.

John John Summer

Le récent et très médiatisé rapport du Comité de l’ONU sur les droits des enfants, rendu public le 5 février dernier, a fait couler beaucoup d’encre. Le traitement par l’Église catholique des abus sexuels commis par des prêtres sur des enfants a été fortement dénoncé par ledit comité. Si la critique a été abondamment relayée, la demande de l’ONU que l’Église catholique redéfinisse sa doctrine concernant l’homosexualité, l’abandon d’enfants et l’avortement l’a moins été. De même que, précédemment, avait été négligée par les médias l’accréditation accordée à une organisation s’inspirant de récits pédophiles par la même ONU qui dénonce l’omerta ayant prévalu quant aux crimes sexuels sur des enfants.

Le Saint-Siège  n’a pas tardé à réagir, accusant par la voix de Mgr Silvano Tomasi, observateur près de l’ONU à Genève, le Comité de « déformer » les faits dans un rapport « préparé à l’avance, avant la rencontre avec la délégation du Saint-Siège. Le numéro deux du Vatican, le secrétaire d’État Pietro Parolin a affirmé que le Saint-Siège « se réserve de répondre après avoir pris connaissance et approfondi » le rapport. « Il y aura une réponse articulée de notre part, mais nous ne pouvons que répéter notre volonté de remplir les exigences de la commission et de la convention » des droits de l’enfant, à laquelle le Vatican a adhéré. Le responsable de la diplomatie pontificale a toutefois ajouté être « surpris » que le rapport demande à l’Église catholique de modifier sa doctrine en matière morale. En effet, la structure du rapport a de quoi susciter des questions. Tout comme sa négligence de la forte volonté manifestée par le Cardinal Ratzinger – volonté maintenue une fois qu’il est devenu pape.

Une stratégie de culpabilisation pour obtenir des concessions ?

Sous Benoît XVI, le drame des abus sexuels commis par des prêtres a été pris à bras-le-corps : le Pape, qui avait dénoncé en 2010 dans une lettre aux catholiques d’Irlande « une préoccupation déplacée pour la réputation de l’Église et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne », est également celui qui, entre 2011 et 2012, a fait défroquer 400 prêtres soupçonnés d’abus sexuels. Lors du chemin de croix du Vendredi saint au Colisée, en 2005, le Cardinal Ratzinger avait dénoncé les « souillures » du clergé, peu de temps après avoir ouvert l’enquête sur les Légionnaires du Christ, fondés en 1941 par le père Maciel. La congrégation fut d’ailleurs placée sous tutelle en 2010. Cette volonté jamais démentie est également portée par le Pape François. Mais non content d’ignorer le travail de Benoît XVI, le Comité onusien tente d’amener son successeur à se montrer complaisant, en le félicitant et en l’exhortant à aller plus loin… dans un domaine sans aucun rapport avec les crimes sexuels : il est ni plus ni moins demandé à l’Église catholique que de changer partiellement de croyance.

Au point 25, le rapport du Comité félicite le Pape François qui avait déclaré en juillet 2013 ne pas avoir le droit de juger les homosexuels désirant vivre en catholiques (ce qui avait été interprété par les médias comme une « ouverture », alors que le propos se situait dans la ligne du Catéchisme de l’Église catholique – CEC – qui refuse d’approuver les comportements homosexuels, mais appelle à respecter, aimer et ne pas discriminer les personnes homosexuelles – CEC numéros 2357 à 2359). Profitant de ce qu’il considère comme un changement, le Comité demande à l’Église romaine de revoir sa copie en matière de théologie morale, se disant préoccupé par sa position « antérieure » sur l’homosexualité, le but officiel étant de réduire la violence et la stigmatisation à l’encontre des adolescents homosexuels et transgenres et les enfants élevés par des paires homosexuelles. Et l’idéologie du genre n’est pas loin : aux points 27 et 28, le Comité dit regretter que l’Église catholique enseigne toujours la complémentarité et l’égalité dans la dignité des hommes et des femmes, « deux concepts qui ne correspondent pas à l’égalité de fait et de droit prévue par l’article 2 de la Convention, et sont souvent utilisés pour justifier des lois et politiques discriminatoires ». Le Comité invite donc le Saint-Siège « à s’abstenir d’utiliser une terminologie qui pourrait menacer l’égalité entre les filles et les garçons », ce qui dans le langage des militants de l’idéologie du genre va de la neutralisation des mots, pour les priver de leur charge sexuée, à la négation des identités sexuelles. Par ailleurs, prenant le prétexte de cas particuliers de grossesses risquées de mineures, le rapport demande un changement de doctrine en matière d’avortement (principalement les points 54 et 55), et en amont en ce qui concerne la contraception des adolescentes. Enfin, le Comité essaie de retourner de façon hypocrite contre le Saint-Siège son souhait que les enfants connaissent leurs parents (une référence implicite à sa critique de l’homoparentalité) ; en effet, le rapport énonce  au point 35 que « Tout en se félicitant que le Saint-Siège mette l’accent sur le droits des enfants à vivre avec leurs parents et connaître leur identité, le Comité est préoccupé par la pratique constante de l’abandon anonyme de bébés soutenue par des organisations catholiques dans plusieurs pays via l’usage des « boîtes à bébés ». En d’autres termes, il est demandé aux catholiques d’encourager les mères en détresse à avorter plutôt que de leur laisser le choix entre cette issue et confier l’enfant à ceux qui voudront s’occuper de lui. Le retournement de l’argument catholique en faveur de la connaissance de la filiation relève évidemment de la pure manipulation éthique.

La tournure du rapport laisse sur un sentiment désagréable, celui que des enfants abusés par des prêtres sont aujourd’hui instrumentalisés par le Comité de l’ONU sur les droits des enfants dans le but d’amener l’Église catholique à changer substantiellement sa théologie morale. Faut-il s’en étonner alors que l’Organisation vient d’accréditer le Kinsey Institute qui utilise les récits de pédophiles pour présenter ses études ?

Une incohérence onusienne révélatrice d’une orientation ?

La question des relations de Kinsey avec la pédophilie est très débattue, mais ce qui est acquis, c’est qu’ il collecta des témoignages de pédophiles dans ses études sur la sexualité des enfants. Le but poursuivi par le Kinsey Institute est la libéralisation sexuelle. Très peu critiqué en France, voire défendu (il suffit de constater la présentation quasi romantique du film « Dr Kinsey » par le journal Le Monde en 2005), Alfred Kinsey est connu aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne non seulement pour sa promotion de l’échangisme, mais aussi pour celle de la sexualité des prépubères ou encore pour avoir prétendu que 37% des Américains, au moins, avaient déjà eu une expérience homosexuelle… L’accréditation du Kinsey Institute se place en porte-à-faux avec la critique très médiatisée du Saint-Siège, au point de susciter la question du but réellement visé et précédemment abordé.

Si la finalité probable est de forcer l’Église catholique à revoir son enseignement, il est possible qu’il y ait une seconde cible par ricochet : les États dont la législation est encore influencée par la morale chrétienne. Un élément permet d’envisager cette hypothèse : en mars 2011, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies discutait d’un projet aux termes duquel les États membres de l’ONU devaient s’engager à modifier leurs lois sen faveur d’une mesure « anti-discriminatoire » sur « l’orientation sexuelle et l’identité de genre ». Plusieurs pays faisaient obstacle à ce texte, dont certains d’Amérique latine. Pour les amener à changer d’avis, le Département d’État les informa que le Saint-Siège avait modifié sa position sur la question et soutenait dorénavant la nouvelle mesure. Les États latino-américains se rallièrent alors au projet avant d’apprendre que l’Administration Obama leur avait menti. Faut-il envisager que le Comité de l’ONU sur les droits des enfants ait deux cibles, l’Église catholique et par ricochet les États où la morale catholique demeure importante ?

Faut-il également y voir un lien avec la tenue du prochain Synode sur la Famille fin 2014 où seront notamment discutées des questions comme la contraception ou l’homosexualité ? Ce qui reste certain, c’est que, pour reprendre le mot de De Gaulle, on pourrait aujourd’hui qualifier l’ONU de « machin » des lobbies du « genre ». Au point de demander qu’une religion se supprime elle-même en la plaçant en situation de faiblesse par l’accusation sur des crimes qu’elle reconnaît pour l’amener à essayer de plaire.

John John Summer

Il n’est pas besoin d’être juif, judaïsant, ou encore ami d’Israël pour trouver appréciable cette liberté dans un chant « religieux » célébrant la nouvelle année hébraïque. Que l’on aime ou pas ce style de musique, pareillement : on peut toujours apprécier cette liberté, même s’il est dommage que le message soit plus humaniste que biblique. Mais c’est un autre sujet…

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