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Le Pape François aux migrants, notamment musulmans, à Lampedusa, le 8 juillet 2013.

Il y eut le Discours de Ratisbonne au cours duquel Benoît XVI mentionna que « la diffusion de la foi par la violence est contraire […] à la nature de Dieu et à la nature de l’âme » et que l’islam autorise la conversion par les armes. Près d’une décennie plus tard, son successeur, François, énonce que toutes les religions prêchent l’amour et que, s’il y a une certitude pour tous, c’est que nous sommes tous des enfants de Dieu. Cette dernière déclaration sous forme de vœux, à l’occasion de l’Épiphanie, repose sur un équilibre sémantique auquel François nous a habitués pour que tout, ainsi que son contraire, puisse être dit et surtout compris. Un message placé sous le signe de l’amour qui relativise le Christ, quand Benoît XVI appelait à l’annoncer aux non-chrétiens, et confond dialogue et communion.

Dans une mise en scène pleine de bons sentiments au mieux humains, et à la présentation bien léchée pour évacuer la réflexion au profit des émotions, le Pape François lit un texte illuminé dans une pièce sombre, appelant les religions – et non seulement les croyants – à dialoguer et à travailler ensemble puisque la majorité de l’humanité croit en une divinité. Passés les premiers mots de François affirmés avec le ton posé de l’apparente sagesse, quatre conducteurs religieux, dont un prêtre catholique – le père Guillermo Marco, par ailleurs ancien porte-parole du futur Pape François à Buenos Aires et féroce critique de Benoît XVI quant à l’islam -, nomment chacun la divinité ou le guide auquel ils se réfèrent : Bouddha pour la femme lama, Dieu pour le rabbin, Jésus-Christ pour le prêtre, et Allah pour le musulman. Un retour sur le Pape le montre recevant une statue du Bouddha alors que défilent ses paroles : « Beaucoup pensent de manières différentes, ressentent les choses différemment, cherchent ou rencontrent Dieu de diverses manières. Dans cette multitude, dans cet éventail de religions, nous avons une seule certitude pour tous : nous sommes tous enfants de Dieu. » Aussitôt après cette réduction de la relation à Dieu à un simple ressenti variable selon les religions, le quatuor de religieux, ostentatoirement épanouis, assure : « Je crois en l’Amour ! »… L’appel s’achève avec l’exhortation du pontife à diffuser cette intention de prière afin que le dialogue engendre des fruits de justice et de paix ; et les religieux rapprochent qui son Bouddha, qui son misbaha ou chapelet musulman, qui sa menorah et qui une… poupée représentant l’enfant Jésus alors que l’Église romaine dispose de crucifix qui sont explicites quant à la raison de la venue du Christ sur Terre dans la foi chrétienne.

Le Pape François, en bon jésuite rompu à l’art du contorsionnisme aussi bien intellectuel que spirituel, ne peut ignorer que, en assurant que la seule certitude, c’est la filiation divine au sens naturel, il relativise totalement la Bible, puisqu’elle énonce d’autres certitudes, dont le salut en Christ. Mais si l’on se place du côté de l’auditeur catholique, une pirouette est possible pour prétendre que le propos résume le seul dénominateur commun sur lequel les quatre religions s’appuieraient – le conditionnel est de mise, car la plupart des versions du bouddhisme n’annoncent pas de dieu créateur, aussi le lama présent sur la vidéo ne peut prétendre représenter cette religion (d’ailleurs où est son mandat ?) -, et qu’il ne serait pas question de relativiser le message évangélique ; « Nous avons une seule certitude pour tous » pourrait alors s’interpréter comme une pensée commune aux croyants des différentes religions et non comme un « nous » pontifical ou représentatif des chrétiens. Ce serait le minimum commun n’évacuant pas la certitude chrétienne… une apparence censée suffire pour neutraliser la critique puisque ce serait faire un mauvais procès d’intention à François…

François ou l’art consommé du silence sur les différences

Malheureusement, depuis son élection, le Pape accumule les propos et comportements relativistes, toujours en jouant sur les mots mais en ne contredisant jamais ce qu’en comprennent avec délectation les médias et qui ne va pas dans le sens du catholicisme, du christianisme en général. C’est ainsi qu’il reçut et embrassa devant les caméras un couple homosexuel, et discuta en privé avec une opposante au mariage homosexuel, lors de son séjour aux États-Unis, et que le service de presse du Vatican minimisa cette dernière rencontre, ce que ne corrigea pas François. Et en matière d’annonce de l’Évangile, force est de constater que François reste très vague sinon silencieux…

Le 15 mars 2013, deux jours après l’élection de François, The Telegraph rappelait que, lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio s’opposa au discours de Ratisbonne, réduit par les médias à son passage sur une citation quant à Mahomet. Le prélat avait alors affirmé, par la voix de son porte-parole, que ces propos ne reflétaient pas ses opinions et prétendait dès lors réduire des faits – la conversion forcée en islam – à une vue de l’esprit de Benoît XVI. Ainsi donc, François prête à l’islam les traits pacifiques du christianisme et n’a pas pour préoccupation d’évangéliser les musulmans ni les croyants des autres religions.

Lors de la veillée pascale de 2008, Benoît XVI avait baptisé lui-même un ancien musulman, le journaliste italien d’origine égyptienne, Magdi Allam. Ce geste avait provoqué la colère d’organisations musulmanes, et le vice-président de la communauté musulmane en Italie avait affirmé qu’il laisserait sur le sentiment que l’Église catholique dialoguait animée d’un désir de « suprématie » sur les autres religions. Une dizaine de jours suivant l’élection de François, Magdi Allam quittait l’Eglise catholique pour diverses raisons, parmi lesquelles son désarroi devant les propos du nouveau Pape pour qui les musulmans « adorent le Dieu unique, vivant et miséricordieux ». Allam rappelait que les deux précédents papes avaient, l’un, embrassé le Coran, et, l’autre, posé sa main sur ce livre en priant en direction de la Mecque. Cependant, la suite avait montré un Benoît XVI moins diplomate, refusant le relativisme et s’opposant à une curie où la bienveillance envers l’islam s’était substituée à celle envers les musulmans ; François, lui, persiste et signe. Il persiste et signe en allant plus loin que la Déclaration Nostra Ætate qui prévoit un dialogue avec les croyants des autres religions mais aussi l’annonce de l’Évangile. Et le souverain pontife justifie son hérésie au nom de l’Amour.

La vidéo nous montre quatre religieux discuter joyeusement ensemble (sur le terrain, il en va autrement !) avant de déclamer leur profession de foi commune : « Je crois en l’Amour ! »… Le Pape – et toute la partie de l’Église romaine qui soutient une telle approche – méconnaît totalement l’acception de l’amour chrétien qui n’est pas une simple bienveillance humaine, certes socialement nécessaire pour vivre en harmonie, mais incapable de sauver, de parler du salut en le comprenant. Cette réduction de la relation à Dieu à l’Amour en feignant de croire qu’il s’agit de l’Amour dont parle la Bible ou la Tradition catholique ne peut qu’avoir pour conséquence le rejet de l’évangélisation. Il suffirait de s’aimer les uns les autres, avec ses propres forces ou celles de sa divinité, pour que le monde soit en harmonie.

Relativisme et rejet du crédit de la Bible

Le poète Khalil Gibran parlait de l’Amour en définissant ainsi la relation à Dieu : « Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire Dieu est dans mon cœur, mais plutôt Je suis dans le cœur de Dieu. » Les propos hérétiques, aussi bien par rapport à la Bible qu’au catholicisme, de François pourraient bien se résumer par cette phrase, car seuls les chrétiens peuvent dire que Dieu est dans leur cœur. On comprend alors pourquoi le Pape ne craint pas de réduire la relation à Dieu à du simple ressenti et ainsi relativiser, c’est-à-dire discréditer le message du Christ.

La simple poupée représentant l’Enfant Jésus évite opportunément, en cette période de Noël, l’annonce de la Croix. Il s’agit d’un dieu tout gentil, un aspect seulement de Dieu qui est aussi conquérant ou juge. Cette représentation évite l’évocation du Christ supplicié pour les hommes et par lequel s’obtient le salut.

Le Père Guillermo Marco est connu pour son relativisme. Il y a quelques jours, il réinterprétait la parabole du fils prodigue dans un journal argentin, Valores Religiosos : « [Le Jubilé de la miséricorde] vise à mettre en évidence la figure du père miséricordieux qui attend l’arrivée de l’enfant disparu et qui ne lui fait aucun reproche à son retour d’une vie de débauche et de dilapidation de son héritage chez les prostituées et dans les orgies, mais l’étreint, lui met une bague autour du doigt, et ordonne de tuer un veau gras et faire la fête. Le fils revient non pas tant par repentance que par nécessité : Les serviteurs de mon père ont du pain alors que je meurs de faim ! » Or, si d’une part il ne faut pas prendre une parabole au pied de la lettre, sans quoi celle des Dix Vierges justifierait la polygamie, il ne faut d’autre part non plus pas lui faire dire avec certitude ce qu’elle n’a pas dit : la parabole est une image censée simplifier un concept, comme les vitraux des églises racontaient les Écritures au peuple analphabète, elle n’en embrasse pas toutes les subtilités ; et quand bien même le fils prodigue serait revenu sans vraie repentance, le message de la parabole était la miséricorde, concept qui, toutefois ne peut être dissocié de la repentance ; par ailleurs, nulle part cette parabole ne prétend que le fils prodigue soit retourné chez son père davantage tenaillé par la faim que par la repentance. La détresse peut pousser l’homme à la repentance, la repentance n’est pas forcément feinte. Le récit biblique de la parabole dit qu’il décida de rentrer et demander pardon après un examen de conscience (Luc 15:17-18), et nullement que cette repentance était hypocrite. A l’heure actuelle, François, proche du Père Marco, n’a toujours pas contesté une telle interprétation. Il est possible qu’il ne soit pas au courant, mais elle ne jure pas avec ses prises de position.

Alors que Benoît XVI déplorait que l’Église catholique parlât trop peu de l’Enfer, son successeur ose affirmer que les âmes non sauvées seront simplement annulées. Une prétention à lire en combinaison avec son relativisme mettant – quasiment ? – l’islam sur le même plan que les Évangiles et laissant donc entendre qu’il est possible d’être sauvé sans la foi en Jésus-Christ. Il n’est dès lors pas surprenant que ce Pape, dont l’ambition est de laisser derrière lui le souvenir d’un « bon gars qui a essayé de faire le bien », ait été proposé par l’ancien Président israélien Shimon Peres pour présider une « ONU des religions ».

John John Summer

« Alors ceux qui craignent l’Eternel se parlèrent l’un à l’autre »

(Malachie 3:16)

C’est ici un article d’actualité que je commets, au vu d’une certaine juvénilisation que vit le monde chrétien avec le refus de passer du lait spirituel à la nourriture spirituelle solide.

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Parler de la réflexion dans l’Église suppose d’emblée de définir l’Église. C’est, bien entendu, l’assemblée des croyants, mais aussi une structure énoncée en Éphésiens 4:11 comprenant des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et enseignants. Une église repose ainsi sur une assemblée au sein de laquelle se trouvent différents ministères diffusés et non concentrés. Le terme « pasteur » n’est pas à entendre au sens contemporain, il s’agit bibliquement d’un synonyme des mots « ancien » ou « ange », davantage quelqu’un qui accompagne qu’il ne contrôle. Au sein de l’assemblée, on trouve plusieurs anciens ; de nos jours, un ancien principal est pasteur officiel, souvent rémunéré, et les autres anciens n’ont pas le même ministère que lui. De plus, la parole n’est plus annoncée en discussion libre mais d’une estrade, une chaire, en tout cas d’une position géographique d’autorité et dans un format empêchant la discussion directe puisque le message est présenté de façon monolithique. Ce schéma déresponsabilise d’ailleurs l’assemblée, devenue assistance, et confère une autorité que ne prévoyait pas la Bible au pasteur. Mais, dans sa grande miséricorde, Dieu fait avec, comme il peut utiliser des églises prêchant l’idolâtrie pour toucher des cœurs, sans pour autant accepter leurs hérésies. Ce n’est pas sur ce point que je vais me prononcer, mais je l’aborde pour introduire mon propos.

Dès lors que l’assemblée devient une assistance, elle ne se comporte plus comme les Juifs de Bérée qui vérifiaient dans les textes saints dont ils disposaient alors le sérieux des sermons (Actes 17:10-11). Se déchargeant du souci de l’enseignement, elle est susceptible de perdre le discernement puisqu’il est également probable que n’étant qu’assistant à l’église, même en agitant les bras, le chrétien ne soit pas bien davantage acteur de sa vie de foi chez lui. Autrement, il se questionnerait sur sa place dans la communauté.

Comment vivre une vie d’assemblée active en n’étant que spectateur ? Il faudrait intervenir par exemple en discutant (de) les prédications, en interpellant les pasteurs ou les anciens, en apportant la parole, le tout sans chercher la confrontation en cas de désaccord comme aiment si bien le faire certains en quête de conflit ou de gloire. Dès lors, on ne serait plus spectateur puisque l’on agirait – on agirait de façon autonome (non pas indépendante). Imaginez deux prédications se présentant l’une comme une réponse à l’autre, un peu comme les épîtres de Paul aux Romains et aux Éphésiens et celle de Jacques peuvent se lire apparemment de façon dialectique concernant la prévalence de la foi ou celle des œuvres (Romains 3:28, Éphésiens 2:8-9 et Jacques 2:24)… C’est dans la confrontation de vues que les relations avancent, et celles dans l’Église également. Or, un spectateur qui confronterait ses vues avec un pasteur ne serait plus spectateur mais acteur. On le voit, passer de l’état de spectateur à celui d’acteur ne demande pas grand chose… Malheureusement, la culture actuelle, festive, laisse entendre que le spectateur est acteur non pas parce qu’il agit mais parce qu’il s’agite : la louange est devenue très festive, les gens sont priés de se lever, d’étendre les bras, de frapper dans les mains, et cela varie selon les cultures. En soi, danser pendant la louange, étendre les bras, etc., ce n’est pas un souci, mais où est l’agir quand cela se fait sur commande ? A-t-on le droit de refuser de lever les bras parce que l’on préfère honorer Dieu autrement, que l’on n’apprécie pas ce qui se passe ou que le chagrin pèse trop sur les bras ? Un Allemand, en raison de l’Histoire (bien que l’évolution se fasse), ne tendra pas forcément le bras, un Japonais ne battra pas forcément des mains, et rien ne peut assurer qu’ils soient moins passionnés de Dieu qu’un chrétien « happy-clappy ». Davantage en retenue, ils auront pourtant peut-être été davantage acteurs que ceux qui auront agité leurs membres sur commande, au moins dans le fait de manifester une distance (l’inverse vaut aussi). On le voit là aussi, passer de l’état de spectateur à celui d’acteur ne nécessite pas un courage démentiel… Juste de ne pas céder au désir de conformité dans le groupe, désir de conformité favorisé par la dilution des individualités dans l’ensemble.

Comment ne pas se sentir gonflé à bloc en dansant sur des cantiques enthousiasmants, comment ne pas sentir le vent dans ses voiles quand tombent des termes très positifs tels « extraordinaire », « magnifique », « super » pour la moindre chose, sans que l’on ne puisse mesurer l’extraordinaireté des faits non précisés… (?) L’abus de superlatifs non justifiés peut même amener à parler de « miracles extraordinaires », alors qu’un miracle est par définition extraordinaire : on ne peut que supposer qu’un miracle extraordinaire est un miracle encore plus surprenant que ceux auquel on peut avoir été habitué. On demande à voir, alors, pour s’assurer qu’il ne s’agit pas que de mots… Et la même prudence devrait être de mise concernant le vocabulaire en général, la louange, discerner entre les émotions et la réflexion, entre les émotions et l’onction. Passé le feu de l’émotion, le spectateur pourrait se demander s’il a vraiment été acteur et s’il ne s’est pas illusionné sur sa réception de la bénédiction.

indexL’entrée à Jérusalem (Hippolyte Flandrin)

Être positif n’est pas un souci en soi, mais un « positive thinking » abusif qui permet de nourrir des illusions et neutraliser la réflexion, jusqu’à laisser entendre que qui réfléchirait serait négatif, en est un. Je n’aime pas les surinterprétations de la moindre image de la Bible cherchant un message là où il n’y en a peut-être pas, mais je relèverai avec un certain amusement que Jésus entra dans Jérusalem sur un âne dont l’une des caractéristiques injustement méconnues est son intelligence : voici un animal qui vous portera et avancera non point parce que vous le lui ordonnez, mais parce qu’il a accepté de travailler avec vous et évalué autant que possible les risques, contrairement au cheval. En quelque sorte, l’âne est un esprit critique : volontaire, sociable, affectueux, positif, mais prudent. Une synthèse de la douceur de la colombe et de la prudence de l’aspic. Rien ne permet d’affirmer que Jésus ait voulu exprimer cette image ; elle illustre cependant parfaitement l’appel au chrétien que peuvent étouffer le festif et le « positive thinking » refusant toute réflexion : il doit être un participant pensant.

John John Summer

« Or, quand vous priez, n’usez point de vaines redites, comme font les païens ; car ils s’imaginent d’être exaucés en parlant beaucoup »
(Matthieu 6:7)

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Image : Craig T. Owens

J’ai l’ennui de connaître dans ma famille une personne qui adore faire de longues prières à table. Pour moi qui me contente d’un « Seigneur, je te remercie pour ces aliments ! », éventuellement décliné sous une forme plus sociale en raison de la présence d’une ou plusieurs personnes au même repas que le mien, les prières de ce parent sont un supplice. Parfois, quand des incroyants sont à la même table, on entend des fous rires pendant sa supplique. Tout y passe, de la faim dans le monde (un classique chez bien des évangéliques qui me semblent davantage le dire pour rallonger qu’en raison d’un souci réel à ce sujet) à l’évangélisation, ou presque.  A la fin, heureusement que la moisissure n’a pas encore pu se développer. Il remporterait haut la main le championnat du monde du bénédicité le plus long… Quoique… Combien de chrétiens occupent un temps de bénédiction, de louange ou de prière collectifs privant les autres d’exprimer à haute voix leur reconnaissance ou leurs requêtes ? Et Dieu dans tout cela ?

N’étant long que lorsque je trouve les circonvolutions utiles, et disposant de l’idée que Dieu est omniscient et omniprésent, en plus d’être bon, je ne juge pas utile de lui expliquer ce qu’il peut faire ni d’insister pour qu’il bénisse mon repas : il est bon, il le fera. A ce stade de la rédaction me vient d’ailleurs une anecdote quant à sa bonté : il y a huit ans, je m’étais acheté un laurier rose pour agrémenter ma cuisine d’un arôme méditerranéen, et il m’arrivait d’en mâcher des feuilles. Dans mon enfance, nous avions un laurier dans le jardin ; voilà pour l’explication. Mais il ne s’agissait pas du même laurier, le rose étant toxique, une feuille pouvant tuer un homme. Des soldats de Napoléon perdirent la vie en en utilisant pour rôtir des agneaux. Je ne le savais pas, mais peu importe ! Dieu savait, était là et se caractérisait par sa bonté : je n’avais pas songé à faire des prières astronomiques avant de mâcher ces feuilles, je n’avais même pas imploré la grâce de Dieu sur ma consommation. Encore moins demandé qu’il bénisse mes activités concomitantes à ma dégustation. C’est en recherchant des informations pour m’occuper de mon laurier rose que je découvris que je consommais du poison. Jamais je n’avais ressenti le moindre malaise après en avoir utilisé. Bref ! il est inutile de prier longuement Dieu au risque de le soûler de paroles avant d’avoir entamé son premier verre de vin, il est déjà heureux d’un « Merci ! » court mais venant du cœur et qui lui est adressé, à lui vraiment, et non aux compagnons supposés admiratifs.

Des prières sophistiquées pour un Dieu de simplicité ?

Dieu est simple avec l’homme, sa façon de penser n’est pas la nôtre, elle est déjà sans prétentions ridicules, et c’est une grande différence. Ainsi, Jésus pouvait multiplier les bénédictions sous forme de pain et de poissons, tout en déconseillant de multiplier de vaines paroles. Parce que Dieu n’est pas une divinité païenne qu’il faudrait invoquer même au prix du sang comme les prophètes de Baal (1 Rois 18:22-38). Sa façon de penser est également empreinte de bonté : il suffit de demander la bénédiction pour l’avoir sur son repas, car Dieu se réjouit de voir ses enfants entretenir leurs corps… Jésus a ainsi illustré la grâce de Dieu : « Quel père parmi vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? ou s’il lui demande du poisson, lui donnera–t–il un serpent au lieu d’un poisson ? Ou s’il demande un œuf, lui donnera–t–il un scorpion ? » (Luc 11:11-12). Qui pourrait penser qu’un père censé être bienveillant, selon l’exemple de Jésus, pourrait exiger des formes pour bénir un repas plutôt que d’écouter les prières ou agréer les louanges venues du fond du cœur ? Soit les longues prières ont pour finalité la visibilité d’une super-spiritualité, soit elles ont pour justification une méconnaissance de la simplicité de Dieu. Soit les deux.

long prayersImage : poemsofjoy.com

Ainsi, Dieu étant bon et omniscient, même un oubli dans la prière ne la rend pas ineffective. Même omettre l’un ou l’autre mot du « Notre Père » n’emportera pas de rejet de la prière par Dieu : il ne s’agit que d’un modèle de prière pour que les disciples réalisent la bonté paternelle de Dieu. Et de surcroît un modèle bien court… Terriblement court par rapport à ce que l’on peut entendre lors de certains repas ou pendant différents cultes.

Je lisais un jour l’histoire d’un prisonnier chrétien en Chine qui, tant affaibli par les privations et les violences, n’avait plus la force physique de parler, la lucidité pour dire mentalement une prière ou une louange. Cet homme avait alors eu cette lueur, il s’était levé et tenu droit devant Dieu en guise de prière. C’était tout ce qu’il pouvait encore faire, mais c’était, j’ose le supposer, plus intense pour Dieu que les prières extensives : « Seigneur, tout mon être désire t’adorer, mais mon esprit est tellement confus que je ne peux même pas prier. Si je me tenais debout dans ma cellule, accepterais-tu cela comme un acte d’adoration ? » (1).

Parmi les vaines paroles, il arrive que l’on entende même suite à un événement au moins désagréable : « Seigneur, fais que ça ne soit pas arrivé ! »… Et l’on a alors très envie de demander à la personne de répéter ce qu’elle vient de dire, non pas pour rallonger mais pour être sûr d’avoir bien entendu… Ce qui est arrivé étant forcément arrivé, quand bien même on l’effacerait, ce sont là des paroles vaines. Certes, pas forcément dans le but d’étendre la prière dans le temps, mais leur vanité est là. Je peux tout à fait comprendre que, sous la stupeur, on puisse prononcer des paroles de ce type, mais cela ne change rien quant à leur vacuité. Et ce sont cette vanité, cette vacuité que l’on retrouve dans nombre de prières et de louanges, par exemple dans les cantiques chantés en boucle tels des mantras pour faire réagir le saint Esprit.

Cela n’exclut pas de facto de prier longuement, Jésus passa au moins une nuit dans la prière (Luc 6:12) et pria longuement et même de manière répétitive juste avant son arrestation (Matthieu 26:38-44), mais le même Jésus ne fit pas dans la prière rhétorique, n’usa pas de la dialectique hégélienne pour étirer son temps de prière, ne dit pas « Abracadabra ! je déclare par la puissance de Dieu […] et […] ainsi que […] Dieu peut ressusciter Lazare ! » Que nenni, il fut sobre et demanda simplement à son ami décédé de sortir du tombeau (Jean 11:43). Et les quelques mots que Jésus prononça auparavant, il les dit parce qu’il fallait que la foule vît qu’il était bien envoyé de Dieu (v. 41-42).

L’enfant qui demande du pain à son père est simple et confiant, il sait que son père n’est pas stupide ou sourd. Ou malicieux au point d’exiger tout un décorum avant de satisfaire à la demande.

John John Summer

(1) « Héros d’hier-Et aujourd’hui ? », Éditions Farel, Frère André.

« Ô quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi ni aux autres ? » (Bossuet) (1).

Cette phrase extraite d’une lettre de Bossuet illustre densément la question du paraître qui trouve aussi place dans le milieu chrétien et se décline entre l’illusion donnée aux autres et celle à soi-même.

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   L’Église est, pour ainsi dire, une société de rachetés mais de rachetés encore terrestres. « Le cœur de l’homme est tortueux par dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? », demandait Dieu par le prophète (Jérémie 17:9), et tant que nous serons dans ce monde, nous serons soumis à diverses tentations et faillirons, et parmi elles celle du paraître. Présenter l’image du chrétien parfait, voire quasiment surnaturel en raison d’une prétendue connexion à très haut débit qui fait de soi un chrétien de l’éther net, très aérien et propre peut se faire en relâchant la pression par le biais d’une tartufferie presque vitale pour ne pas sombrer subitement comme après un diète mal gérée ; mais l’humain possédant un cœur tortueux, il est capable de se mentir à lui-même, sur ses vraies motivations, sur sa réalité.

 La psychologue Monique de Kermadec a mis en perspective deux études révélatrices du mensonge sur soi. La première, menée 1986, révèlait que 80% des automobilistes se considéraient plus adroits et moins dangereux que la moyenne : si cela est possible, dès lors que l’on quantifie la prudence et que 20% roulent tels des bateaux ivres, sans maîtrise, beaucoup moins bien que la moyenne, ça ne l’est pas dès lors qu’il s’agit de se positionner sur la moralité de sa conduite. Cette impossibilité logique sur le plan moral se retrouve également dans une autre étude, de 2013, menée auprès de prisonniers révélant leur sentiment d’avoir des dispositions morales supérieures à celles des intentions de la moyenne (better than average effect). Une supériorité morale illusoire, au vu des raisons de leur enfermement qui peut s’expliquer par le désir sinon le besoin de justification : ici, sur le plan des intentions, c’est une possibilité, rien n’assure que la majorité des gens ne rêvent pas de voler quand une dépense est impossible tout en songeant à voler, et commettre des crimes peut-être pires que ceux des condamnés, mais seuls les faits peuvent compter pour juger, et les prisonniers ont, s’ils n’ont pas été condamnés à tort, commis des délits et des crimes que n’a pas tenté la majorité. Dans les deux études apparaît une sur-indulgence envers soi si ce n’est également une surévaluation de ses aptitudes et qualités. Un biais cognitif qui vaut également pour l’estime intellectuelle que l’on peut avoir de soi ou l’appréciation de sa propre spiritualité.

 La Bible dit que le cœur humain ne peut être vraiment connu que de Dieu, et l’apôtre Paul assure : « Si je distribue tous mes biens aux pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien » (1 Corinthiens 13:3). Comment une telle distinction peut-elle exister ? L’abnégation jusqu’à la mort, n’est-ce pas une marque d’amour ? A priori, l’on serait tenté d’opiner. Mais le discernement, aussi bien extérieur qu’introspectif, peut amener à détacher les actes des motivations. Aussi bien un discernement purement psychologique, le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate (qui pour les Anciens invitait à l’humilité), que spirituel peuvent aider à comprendre les ressorts de ses gestes loués par l’assemblée et fièrement considérés par soi.

 « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur » (Hébreux 4:12)

 L’abnégation, c’est en quelque sorte la mort à soi-même : renoncer à ce à quoi l’on est attaché, même la vie par amour pour une personne, un idéal. L’homme qui, comme le Christ s’est donné pour l’Église, doit être disposé à mettre sa vie en jeu pour protéger sa femme ; les parents qui doivent être prêts à faire prévaloir la survie de leur enfant menacé sur la leur ; le soldat qui est prêt à mourir pour défendre sa patrie. Rien que de la noblesse, mue par l’amour. Mais comment reconnaître le soldat qui, habité d’un fort amour pour sa communauté, sa famille, accepte le risque de voir son sang couler de celui qui, tête brûlée, en quête de gloire, meurt au combat ? La communauté n’a pas à tenter de discerner, elle doit rendre hommage à ceux qui ont veillé sur elle et ont péri, quel que fût le soubassement de leur bravoure. Et même ceux qui ne furent point braves, mais téméraire – car leur inconscience face au danger empêche de parler de courage -, car la communauté ne peut pas discerner.  Chacun verra sa mémoire et son sacrifice honorés… (et un jour oubliés), mais certains sont morts sans mourir à eux-mêmes, juste par vanité, la quête de la gloire, pure apparence. Et que dire de la personne qui se dévalorise tellement qu’elle peut sacrifier sans peine, sa vie ou son temps ? En apparence, elle pourra paraître dévouée alors qu’elle cherche peut-être de la reconnaissance, croit qu’en s’oubliant elle obtient le respect qui lui fait tant défaut. Elle pourra être honorée… (et un jour oubliée). Tout comme celle qui fait don d’elle-même dans la communauté des chrétiens et est motivée non par un désir d’abnégation mais celui de désir de paraître aux autres mais également à soi… car, dans ses méandres, le cœur humain peut inciter à se mentir sur soi. Comme peut-être dans le cas des 80% d’automobilistes se jugeant plus respectueux de la loi que la majorité des conducteurs ou les prisonniers assurant disposer d’un sens moral supérieur à celui de la majorité des citoyens en liberté. Dans le cas des chrétiens, Dieu fait la différence, l’entourage chrétien peut éventuellement discerner, que ce soit pour tendre la main ou éviter que la personne « dévouée » n’en fasse trop à son propre détriment ou celui de la communauté.

 Bossuet écrivait : « Ô quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi ni aux autres ? Quand serai-je content de n’être rien, ni à mes yeux, ni aux yeux d’autrui ? Quand est-ce que Dieu me suffira ? Ô que je suis malheureux d’avoir autre chose que lui en vue ! Quand est-ce que sa volonté sera ma seule règle, et que je pourrai dire avec saint Paul : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde ; mais un esprit qui vient de Dieu ? » Esprit du monde, esprit d’illusion et de vanité, esprit d’amusement et de plaisir, esprit de raillerie et de dissipation, esprit d’intérêt et de gloire, Esprit de Dieu, esprit de pénitence et d’humilité, esprit de charité et de confiance, esprit de simplicité et de douceur, esprit de mortification et de componction, esprit qui hait le monde, et que le monde a en aversion, mais qui surmonte le monde : Dieu veuille nous le donner. »

 Dès lors paraître pour être honoré ne comptera plus et paraîtra par ailleurs d’une grande futilité : en s’oubliant en apparence, on obtiendra les honneurs dans l’immédiat, mais le temps efface la mémoire du dévouement apparent… Y aurait-il un intérêt sérieux à passer pour ce que l’on n’est pas devant le monde alors que Dieu ne s’attache pas aux apparences qui dupent le monde ? Y aurait-il un intérêt sérieux à passer pour ce que l’on n’est pas devant l’Église alors que Dieu n’est pas ingénu ?

 Mais, et je terminerai sur cette conclusion ouverte, l’on peut se mentir sans rechercher les honneurs : l’éducation, le conditionnement peuvent favoriser des dispositions de service qui n’ont que peu à voir avec l’amour. Ainsi des enfants de pasteurs éduqués pour faire honneur à leurs parents dans la communauté et qui se dévouent sans compter aux autres peut-être sans jamais examiner les tréfonds de leurs motivations (il ne s’agit pas de plonger dans une introspection ennuyante car abusive) et qui peuvent croire être mus par le seul amour alors que c’est la seule manière d’être dans l’église qu’ils connaissent pour être de bons chrétiens. En toute chose, demander à Dieu de juger les sentiments et les pensées du cœur, sans que cela ne devienne une obsession puritaine, m’apparaît comme sain. « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean 3:30) ; et plus il croît, plus l’on peut apprendre de lui sur soi, sur ses motivations.

John John Summer

(1) « Œuvres complètes de Bossuet, Tome onzième, Lettres diverses »

Jeunes filles à un "Purity ball".

Jeunes filles à un « Purity ball ».

Un reportage diffusé par Arte en janvier 2014 quant à la virginité chez les jeunes Américains met l’accent sur les engagements publiquement pris à rester chaste jusqu’au mariage. Un concept peu biblique pour un choix de vie biblique.

Pour les besoins du documentaire « Les contes de la virginité », les caméras sont focalisées sur les Wilson, une famille évangélique de sept enfants établie à Colorado Springs. Les Wilson sont les initiateurs des « Purity balls », bals de la pureté au cours desquelles des filles font le serment, en présence de leurs pères de rester vierges jusqu’au mariage. Pieux désir, honorable et biblique. Mais…

Si le choix de l’abstinence hors du mariage est biblique, il reste que ce type de cérémonie et d’engagement public suscite un certain malaise, pour ne pas dire un malaise certain. Quid des filles ayant perdu leur virginité suite à un viol ? Quelles conséquences morales pour celles n’ayant pas su tenir leur engagement ? Entre mentir pour dissimuler la rupture de l’engagement et l’avouer au risque de ressentir une déception communautaire, la promenade est mince.

Un engagement présomptueux et exclusif

L’accent excessivement mis sur la virginité semble concerner la virginité physique et non de cœur. Ainsi, une malheureuse jeune fille ayant subi une agression sexuelle n’aura pas sa place dans ces bals exclusifs, sauf compréhension des autres. On peut se demander si elle trouvera un homme dans ce type de communauté suffisamment mûr pour la considérer comme vierge, ne pas se focaliser sur l’aspect technique de la virginité. A l’inverse, Jésus n’a-t-il pas dit que le simple fait de convoiter une personne de l’autre sexe revient à commettre un adultère (Matthieu 5:28) ? Car le péché commence avec l’intention et non sa commission matérielle. Et l’apôtre Paul n’avertit-il point : « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber ! » ? Le problème n’est pas dans la station debout spirituellement ou le fait de le vouloir, mais dans la surestimation de ses capacités. Comment promettre de rester vierge jusqu’au mariage quand on ne peut prédire son lendemain, quand on débute dans l’adolescence et n’a pas encore été le plus fortement troublé par ses hormones ? Se contenter de vouloir rester chaste jusqu’au mariage serait bien plus réaliste, et se satisfaire de vivre un jour après l’autre après l’autre plutôt que de grandes déclarations prétendant valider à l’avance des années, voire des décennies en cas de rencontre tardive du grand amour, pas moins efficace peut-être. En tout cas, le poids social serait probablement moins lourd à porter après avoir failli.

L’engagement à signer : un contrôle de la vie du croyant

La chasteté du croyant ne concerne que peu de monde en dehors de lui. S’il est mineur, au plus sont probablement concernés ses parents, notamment pour des raisons de santé, mais aussi des risques de blessures morales en cas de relations sexuelles, et parce qu’ils ont un devoir de protection. S’il est majeur (et indépendant ?), lui seul. Et si, adulte, il faillit ou non avant le mariage, cela ne concernera que son futur conjoint. Je parle là de tiers humains, car son vécu de la sexualité, chaste ou active, concerne aussi Dieu qui a instauré une éthique de vie pour son bien. Elle ne saurait concerner l’église, à moins qu’il n’y ait eu un comportement tel qu’elle en ait pâti, par exemple une relation adultérine entre deux personnes de l’église ou fornicatrice qui affecte la stabilité, la réputation de l’église, comme l’adultère mentionné dans 1 Corinthiens 5:1.

J’ai personnellement eu à entendre des incroyants positivement étonnés ou dégoûtés par des connaissances mutuelles masculines s’affichant comme chrétiennes et vivant comme le monde. Ainsi, alors qu’un camarade confirmait qu’il avait pour collègue un homme célibataire que je connaissais, il me surprit en ajoutant être profondément dégoûté par les propos obscènes de cette personne qui, m’assura-t-il, racontait ses parties de jambes en l’air. Lorsqu’il me demanda d’où je connaissais cette personne, je fus bien embarrassé et répondis que mes parents connaissaient les siens, ce qui était vrai. Si cette personne avait eu un comportement tellement scandaleux par sa publicité qu’il aurait nui au Corps du Christ, il aurait été légitime de lui demander des comptes. Mais cela aurait également été légitime s’il avait volé. En d’autres termes, s’il faut contrôler la vie des gens, il faut la contrôler entièrement et pas qu’en ce qui a trait à leur intimité. Or, on le sent bien, l’air serait vite irrespirable… En réalité, le simple fait d’amener quelqu’un à signer un engagement à ne pas pécher vicie déjà l’air qu’il respire. Car il se place sous une autorité illégitime : aucun pasteur n’est moralement fondé à contrôler la vie des ouailles, aucun parent ne peut surveiller son enfant majeur et indépendant pour garantir sa virginité : imaginerait-on un père s’occuper de savoir si sa fille célibataire de 30 ans est vierge ? On rejoint là la dénonciation par l’apôtre Paul des nouveaux « préceptes qui tous deviennent pernicieux par l’abus (Colossiens 2:22), et cette dénonciation vaut pour différents comportements soumis au contrôle.

Il y a quelques années, une connaissance m’avait demandé de signer dans un mouvement qu’il dirigeait pour m’engager à rester chaste jusqu’au mariage. J’avais refusé, je n’avais pas à me placer sous le joug d’autres, plus encore pour ce qui avait trait à ma vie intime. Cette personne m’avait alors objecté : « Ou tu es avec nous, ou tu es contre nous ! »… Un peu de bon sens me permit de lui faire réaliser que du moment que je vivais comme eux mais sans signer d’engagement, mon mode de vie ne s’opposait pas au leur. Et j’aurais pareillement refusé de signer quelque serment que ce soit, aussi bien au sujet de l’alcool que de ma littérature.

Le choix de ces jeunes garçons et filles suivis par la caméra est, certes, dit libre, mais une personne à peine pubère n’est probablement pas assez éclairée pour comprendre à quel point ce serment public a pour conséquence une intrusion dans sa vie. Ayant grandi dans un milieu le justifiant, elle manque probablement de recul, d’expérience de la vie, de réflexion personnelle pour considérer l’abus spirituel que constituent ces bals et serments. L’encouragement est utile, voire nécessaire pour ces adolescents, mais n’y a-t-il pas d’autres moyens ?

John John Summer

Dans Will Hunting, le personnage principal se gaussait d’un étudiant de l’une des grandes universités du Massachusetts qui, infatué de son savoir, aurait pu l’obtenir pour 1 dollar 50 de frais de retard à la bibliothèque au lieu de débourser 150 000 dollars en frais scolaires. Si Harvard est réputée pour son excellence, la plus ancienne université américaine a récemment fait parler d’elle pour une prétention culturelle controversée. Une messe satanique devait se dérouler ce 12 mai dans la soirée à Harvard, mais a été annulée, faute de salle disponible. L’événement, présenté comme une reconstitution, était programmé par un groupe d’étudiants à des fins éducatives.

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Le Harvard Extension Cultural Studies Club avait tenté d’organiser la messe au Middle East Restaurant, mais les responsables avaient refusé de l’accueillir. La présidente de l’Université, Drew Faust – sans ironie -, avait qualifié la messe prévue de « détestable et agressive », mais avait fait valoir la liberté d’expression des étudiants. Mme Faust avait dénoncé le projet de messe sur le site Internet de Harvard comme une provocation à l’encontre de l’Église catholique dont un événement sacré devait être ainsi moqué, ajoutant que la décision du club était « de façon flagrante irrespectueuse et incendiaire ». La présidente avait précisé qu’elle prévoyait de prendre part à une eucharistie sur le campus le même soir que la messe satanique.

L’archidiocèse de Boston avait, en effet, décidé d’organiser une célébration du sacrifice du Christ, débutant par une procession entre le Massachussetts Institute of Technology et l’église Saint-Paul dans le jardin de Harvard. L’intention était de « combattre le mal », et l’archidiocèse avait exprimé sa crainte que les participants à la messe controversée « sous-estiment l’empire de Satan ».

Les membres du club, quant à eux, affirmaient que la messe noire n’aurait qu’une visée éducative et qu’il s’agissait d’explorer d’autres cultures. C’est en raison du caractère culturel de l’événement que l’Université avait dû l’accepter, ne pouvant créer de discrimination. Mais, pour le Révérend Michael Drea, « Tout ce qui trouve ses racines dans la haine ne peut être mis dans la même catégorie que la liberté et l’expression académiques. » Le prêtre avait ajouté qu’il n’y avait pas de malentendu quant à un acte satanique qui dégrade la liturgie catholique, car il ne s’agissait pas de mauvaise compréhension mais de faits.

Le Harvard Extension Cultural Studies Club avait décidé d’organiser la messe noire avec des membres du Temple satanique de New York, une association dont l’un des objectifs est que soit érigée une statue satanique en bronze devant la Chambre de l’Etat de l’Oklahoma cette année.

Ce n’est pas la première fois que l’une des universités de la prestigieuse Ivy League voit la controverse suscitée par des projets dits culturels. En 2008, une étudiante avait fait scandale en décidant d’exposer une installation représentant ses avortements et créée à partir d’eux. La présidence de Yale et l’artiste, Aliza Shvartz, se contredisaient sur cette dernière caractéristique de l’installation, l’étudiante assurant qu’elle s’était vraiment fait inséminer afin d’avorter, l’Université affirmant qu’elle lui avait prétendu le contraire.

John John Summer

La Formule 1 est peut-être le grand sport mondial médiatisé qui compte proportionnellement le plus de compétiteurs affichant leur foi chrétienne (1). Dans le nombre des pilotes ayant fait part de leurs croyances, on trouvait le triple Champion du monde, Ayrton Senna, décédé à Imola, au Grand Prix de Saint-Marin, le 1er mai 1994. Senna, catholique fréquentant une église pentecôtiste, la Fondation de la Renaissance, trouvait matière à penser à Dieu au travers des aléas de la course, conscient d’être vulnérable et en danger de mort. Christianity Today avait même consacré un article à un documentaire sur le Brésilien en 1991.

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Tout passionné de Formule 1 ayant connu cette époque vous le dira, qu’il ait ou non supporté ou non Ayrton Senna : son pilotage était hors normes, il était un coureur rare. Dans le bon comme dans le mauvais sens du terme : 41 victoires (seuls Prost avec 51 et Schumacher avec 91 ont fait mieux), 65 pole positions (seul Schumacher en a obtenu davantage avec 68), une vitesse de pointe fabuleuse, un don pour « marcher sur l’eau » à toute vitesse, un courage frisant la témérité qui accentuait aussi le danger pesant sur ses rivaux. Au point que l’un de ses compatriotes et concurrents, Nelson Piquet Sr prétendait, moqueur, que Senna se croyait invincible avec Dieu dans sa voiture. Pourtant, Ayrton était habité par la conscience de sa mortalité : « La mort fait partie de ma vie. J’ai peur de mourir, mais j’ai appris à vivre avec elle. La peur me fascine », avait déclaré le pilote brésilien. Et la mort, il l’avait constamment frôlée au volant mais aussi quand il quitta sa voiture pour traverser la piste, alors qu’arrivaient des bolides, pour couper le contact de la monoplace du Français Erik Comas accidenté et inconscient dont la voiture. Senna avait ainsi probablement sauvé la vie de son concurrent que les secours n’avaient pas encore rejoint.

 

Découvrir Dieu au milieu du luxe, de la gloire et à cause de l’orgueil

C’est après une course restée célèbre pour la science tactique d’Alain Prost, grand rival du Brésilien, et l’impétuosité de ce dernier que Senna s’est davantage plongé dans la lecture de la Bible. Nous sommes au Grand Prix de Monaco en 1988, Senna a près d’une minute d’avance sur le Français longtemps bloqué derrière un autre concurrent : Prost sait pertinemment qu’il lui est impossible de battre son coéquipier à la régulière, il harcèle alors l’orgueil de ce dernier en commettant le meilleur tour en course ; Senna réplique pour montrer sa supériorité alors qu’il n’en a pas besoin, avant de revenir à un rythme normal… et percuter bêtement le rail parce que déconcentré. La tôle et l’orgueil froissés, le champion choisit une autre voie que la rage : alors qu’il est matériellement comblé, adulé, Senna réalise qu’il ignore Dieu. Avant ce stupide accident que l’on aurait pu accepter chez un débutant, le pilote brésilien se sentait comme sur une autre planète tant il était en train de survoler la course et devancer Prost, alors considéré comme le meilleur pilote du monde : une impression très étrange, mystique. L’humiliante défaite le ramène à sa condition humaine. Catholique, mais sans véritable intérêt pour la foi, Senna va trouver dans cet échec l’occasion de découvrir Dieu : « D’une certaine manière, j’ai appris de cette expérience et me suis rapproché de Dieu. » Ainsi, Ayrton commence à étudier la Bible quotidiennement. Sa soeur Viviane, évangélique, aura également une importance dans son cheminement spirituel.

Tourné vers les défavorisés de son pays, Ayrton Senna est alors connu pour sa foi, son patriotisme et son amour du risque. L’aura de celui que l’on surnomme l’ « extra-terrestre » ou « Magic Senna » grandit avec l’accumulation de victoires, son esthétique de la trajectoire, son duel avec Prost resté dans les mémoires et la collection de trois titres mondiaux… mais aussi à cause de son côté mystique dans un monde où aborder les questions de foi paraît relever de l’enchantement. Il possède trois couronnes à l’orée de la saison 1994 qui lui semble promise, et tout le monde le voit égaler Prost, qui s’est retiré sur un quatrième titre, puis Fangio alors pilote le plus sacré avec cinq titres, voire dépasser ce dernier. Fin 1993, le jour de son dernier sacre, son grand rival, Alain Prost, a annoncé sa retraite, et Senna va récupérer sa place dans l’écurie Williams-Renault, archidominatrice depuis deux ans. Ces deux titans qui ne s’aiment pas savent qu’ils sont bien, l’un et l’autre, bien au-dessus de quasiment tous les coureurs, dans une autre dimension. Seule ombre au tableau pour Senna, le jeune Michael Schumacher, le futur septuple champion du monde, dont le Brésilien avait réalisé le potentiel dès ses premiers tours de roue en 1991, déclarant qu’on tenait là un futur champion du monde. Mais, avec la Williams-Renault, Magic Senna peut espérer dominer l’Allemand…

Rien ne se passe comme prévu pour l’artiste

Lors du premier Grand Prix de la saison 1994, Senna part en position de pointe devant Schumacher mais est devancé par lui en course devant son public, avant de partir à la faute sous la pression. Arrivé à Saint-Marin, le Brésilien compte 20 points de retard, soit le score maximum de deux courses, sur son nouveau grand rival. Il sait désormais que la partie ne sera pas aisée. Le vendredi, son ami et compatriote, Rubens Barrichello, heurte violemment un mur de pneus après que sa voiture a décollé, mais échappe « miraculeusement » au pire ; Senna est au chevet du rescapé à l’hôpital et confie ensuite son mauvais pressentiment. Le samedi, c’est Roland Ratzenberger, le débutant, qui se tue sur le circuit lors des essais. Le premier mort en F1 depuis 1986 et le décès d’Elio de Angelis, un ancien coéquipier du Brésilien… Lorsque le médecin de la Formule 1, Sid Watkins, annonce le décès à Senna qui pleure, il lui conseille de ne pas prendre part à l’épreuve dominicale. Très affecté par cette brutale disparition, Senna envisage de recréer l’Association des pilotes de F1 dans le but de lutter pour davantage de sécurité. Le lendemain, la tension est palpable, Senna ne semble pas avoir envie de courir. Son équipe a travaillé jusque tard dans la nuit sur sa voiture pour tout vérifier afin qu’il coure l’esprit serein et ne commette pas de faute. Parti de la pole position, le Brésilien voit de suite la course arrêtée suite à un accident dans le peloton lors du départ qui a fait des blessés dans le public. Au second départ, pressé par Schumacher qui menace de le déborder, Senna quitte la piste en tête de la course devant des centaines de millions de téléspectateurs, en percutant un mur en béton à plus de 250 kilomètres à l’heure. Le Brésilien aura vainement freiné sa monoplace. La boîte crânienne est enfoncée. L’Artiste s’est tué en tête d’un Grand Prix.

La course reprend peu après, les concurrents ne sont pas informés de l’état du Brésilien et ne pensent pas au pire. Le décès est annoncé après le Grand Prix, dans la soirée. Dans sa voiture, on retrouve un drapeau autrichien qu’il comptait agiter s’il venait à gagner, en hommage à son concurrent tué la veille. Une légende vient de naître. Un symbole aussi : Ratzenberger, le débutant inconnu du public, et Senna, conquérant auréolé de prestige, égaux devant la mort.

Des centaines de milliers de personnes bordèrent les 45 kilomètres séparant l’aéroport où venait d’atterrir sa dépouille et le centre ville de São Paulo, pour saluer l’idole de toute une nation transportée par un camion de pompier. Trois jours de deuil national furent décrétés, 200 mille de personnes suivirent le corbillard dans un cortège s’étirant sur 7 kilomètres, sans compter la diffusion des funérailles à la télévision. Son cercueil, exposé à l’assemblée législative de São Paulo fut recouvert du drapeau brésilien, et  le Président Itamar Franco décora le défunt de la crand-croix du mérite. Parmi les hommes qui portèrent son cercueil, il y eut son ancien grand ennemi, Alain Prost avec qui il s’était récemment réconcilié.

John John Summer

  1. Parmi les pilotes de confession chrétienne qui ne cachaient pas leur foi, on trouvait en 2006 au moins 6 compétiteurs sur 26 ayant couru : Michael Schumacher, Felipe Massa, Giancarlo Fisichella, Jarno Trulli, Robert Kubica et Rubens Barrichello. Il est déjà arrivé que Schumacher remercie publiquement Dieu après une victoire… Le pilote, aujourd’hui dans le coma suite à un grave accident de ski fin 2013, qui arborait régulièrement de grandes croix autour du cou, faisait également preuve d’une immense générosité envers les démunis et autres blessés de la vie, convaincu que Dieu lui permettait de gagner beaucoup pour aider largement les autres.

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