Feeds:
Articles

Archive for the ‘Médias chrétiens’ Category

« Il n’avait aucun talent oratoire, mais la conviction erronée que son grade faisait de lui un orateur. »

( La route étroite vers le nord lointain, Richard Flanagan)

J’observais un jour des moineaux occupés à picorer des miettes quand atterrit un pigeon qui leur fit immédiatement prendre la fuite. Aussitôt après se posa une corneille qui évacua ce dernier. L’actualité donne à voir de drôles d’oiseaux qui, infatués de leur sentiment d’importance, sont comme ce pigeon, qui s’affirment face à un public de moineaux n’osant pas la contradiction. Depuis que le suffrage existe, des politiciens donnent des consignes de vote, des célébrités donnent des consignes de vote. Et il arrive que des responsables religieux en donnent, ainsi qu’en témoignent les appels à voter pour tel ou tel ou s’abstenir émanant d’individus établis, qui sur son estrade médiatique, qui sur son estrade ecclésiastique, et qui peuvent affirmer avec une apparence de précision des contre-vérités que peu iront débusquer. Convaincus, du fait de l’absence de contradiction, du génie de leur parole qu’ils pensent capable d’emporter l’adhésion, ils indiquent que choisir, comme si les moineaux que sont les électeurs, les fidèles, les fans n’étaient pas à même de trancher. Jusqu’à utiliser le nom de Dieu pour emporter la conviction…

« Dessine-moi un mouton ! » (Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry). Concept détourné, de l’amitié au suivisme.

Ces derniers temps, plusieurs médias chrétiens, avec des trémolos d’histrion plein la plume, se sont autorisés à donner des consignes (tel ou tel candidat, l’abstention ou le vote), sans aucunement rien comprendre de ce dont ils parlaient, manquant de connaissance et de réflexion sur ces sujets, donnant dans le raccourci intellectuel bien grossier, mais croyant que leur situation visible – et éventuellement la signature « pasteur » – valait autorisation de tenter d’influencer les gens qui devraient suivre sans penser par eux-mêmes… Un peu à la manière de ce personnage sorti du chapeau de l’hilarant Gorafi qui se dit connaître l’astrophysique, et se croit apte à donner son avis, du fait qu’il poste des articles – qu’il ne comprend pas – sur Facebook et dispose d’une certaine audience supposée. Et la contradiction à leurs propos risque d’attirer de l’agressivité envers celui qui s’y aventure, surtout s’il expose posément un propos documenté qui dérange celui qui utilise sa position pour convaincre et ne sait que répondre : les sarcasmes ou les ciseaux d’Anastasie ne sont pas loin… J’ai connu les deux récemment, notamment de la part d’un universitaire tenant un blog bien connu sur le fait religieux ayant passé tous mes messages à la trappe, parce qu’il ne savait pas qu’y objecter alors qu’il faisait son pigeon parmi ceux qu’il considérait comme des moineaux à qui il pouvait s’imposer intellectuellement.

Dans un chapitre de La route étroite vers le nord lointain, le narrateur expose le caractère prétentieux d’un colonel durant la Seconde Guerre mondiale, dépourvu de la moindre capacité à enflammer les troupes, les convaincre par la beauté du verbe et la puissance de la démonstration, mais à qui son statut fait s’imaginer un génie oratoire. Un officier supérieur dénué d’amour pour ses hommes réduits à l’esclavage dans l’enfer de la jungle par les Japonais. A propos de grade et d’amour, utiliser sa position médiatique ou pastorale pour dire aux gens que choisir, n’est-ce pas déconsidérer leur propre humanité et ainsi manquer d’amour ?

La considération de l’avis de l’autre, une marque d’amour

La position médiatique ou celle derrière un micro d’église peut donner, à ceux qui ne prennent pas garde à rester humbles, le sentiment d’être supérieur, d’avoir une parole plus convaincante que celle des autres. Telle célébrité étale des jugements moraux sur différents thèmes sans rien approfondir, sans rien démontrer, convaincue que sa seule aura médiatique suffit : « Vu à la télévision ! » ; telle personne disposant d’un micro dans une église peut se prendre pour excellente en débat, alors qu’elle ne débat justement pas, le silence des ouailles pouvant lui laisser l’impression d’être approuvée. J’ai eu un pasteur qui outrepassait sa fonction en donnant ses avis politiques depuis l’estrade ; je me souviens que lors d’un repas, plusieurs personnes exprimaient une idée jusqu’à ce que le pasteur intervienne et donne son opinion en citant un verset qui se voyait décontextualisé, et le silence se fit. Ce n’est heureusement pas la position de bien des pasteurs que j’ai connus, qui veillent à ne pas utiliser le nom de Dieu pour inciter les gens à penser comme eux sur le plan politique. Autrement, leur vision des autres serait carencée en amour. Ce sentiment d’importance et de talent, nourri par le fait qu’aucune corneille ne descende subitement pour confronter celui qui comme le pigeon s’impose aux moineaux, éloigne de sa propre réalité, des autres et de Dieu. La surestimation de soi a pour pendant la sous-estimation de la valeur de son prochain, ici la pensée que son individualité, lors du choix dans l’isoloir, ne compte pas et doit être soumise à celui qui, se compose une très haute idée de son importance pour dire que voter.

Les pages de La locataire de Wildfell Hall Anne Brontë offrent notamment un pasteur pétri de sa conviction d’être important et un grand orateur, qui, lors d’un goûter, donne le plus ridiculement du monde son avis sur la consommation de vin par un tout jeune enfant, qu’il estime nécessaire. L’opinion, valant celle d’un pilier de bistrot, lui a d’ailleurs été demandée par l’une des ouailles apparemment incapable de penser par elle-même, et le clergyman n’en demandait pas tant pour ennuyer la mère du garçonnet. Scène encore plus ridicule, celle du pasteur Collins dans Orgueil et Préjugés qui tente de convaincre sa lointaine cousine Elizabeth Bennet de l’épouser en exposant ses motifs comme une dissertation en plusieurs temps qu’il essaie de fonder sur la raison, sans rien écouter des objections de la jeune fille.

 

Collins, habitué à voir les fidèles dire Oui et Amen à ses prêches, est un personnage prétentieux qui s’attend à ce qu’Elizabeth approuve pareillement son propos. Comment ?!? Je suis une star, je passe à la télévision, j’ai un micro, je suis pasteur... Comment, alors que je ne me vois opposer aucune contestation en tant que star ou lors de mes sermons, ce qui devrait prouver ma force de persuasion, suis-je confronté à une objection ? Poussez-vous, c’est moi que je dois parler !

Dans les premiers temps de l’Église, la prédication était ouverte au débat, elle n’était pas magistrale. Lorsqu’il m’est arrivé d’apporter la Parole, c’est aussi ce schéma que j’ai choisi, et j’annonçais par courriel quels versets j’allais travailler afin que les autres participants – et non assistants – s’y préparent. Les temps ont changé, et l’on fait avec ce que l’on a, et cela ne préjuge pas de la valeur morale des pasteurs : dans un format de débat, certains pourraient être tentés d’écraser les opinions dissidentes ou concurrentes ; dans un gabarit de prédication magistrale bien des pasteurs sont honnêtes et capables d’accepter la contradiction après le culte. Mais cela reste tout de même un schéma qui favorise d’une part le sentiment d’être plus convaincant que ce que l’on est, d’autre part le risque d’en profiter. Notamment en période électorale, comme ce pasteur que je mentionnais – et que j’appréciais cependant sur bien d’autres plans, et à qui je reprochais directement cette attitude.

Entre tous les personnage de la Bible, l’un de mes préférés est Amos, un berger par ailleurs prophète. J’éprouve de la sympathie pour lui notamment parce que j’ai grandi en travaillant dans les champs, mais également parce qu’il ne s’attachait pas à un micro d’antan, son rôle de prophète : Amos allait parler aux puissants et s’en retournait chez lui, sans désir de garder le monopole du verbe, de l’utiliser pour une autre destination que celle que Dieu lui avait confiée. Il s’en retournait chez lui, son travail fait, pour s’occuper d’un autre travail moins médiatique, dirait-on aujourd’hui. Amos était, dans un sens, un peu cette corneille qui arrivait face aux chefs prévaricateurs à l’attitude de pigeons surplombant les moineaux. Ces chefs si gonflés de leur prétendue importance découvraient alors quelqu’un capable de les confronter. On a l’image du pasteur, dans Entre Ciel et Terre de Jon Kalman Stefansson, qui s’irrite contre les corbeaux sur le toit de l’église qu’il ne peut atteindre.

Le sacerdoce est universel en Christ, le suffrage l’est aussi dans la plupart des démocraties ; et la position de prêtrise médiatique ou ecclésiastique ne confère pas plus de d’autorité pour dire que voter, un conseil ne pouvant s’appuyer légitimement sur la connaissance et non sur un nom, une situation plus ou moins médiatisée, un micro, une estrade. Ou alors le pasteur, le journaliste chrétiens seraient, du seul fait de leur foi au lieu de celui de la compétence, qualifiés pour parler de tout et rien, comme le Simon du Gorafi d’astrophysique. Et s’il est légitime de discuter des points de vue politiques du moment que les gens sont d’accord pour le faire, il est malsain de prétendre dicter ce qu’il convient de voter, chacun ayant sa liberté de vote ; encore plus en se servant du nom de Dieu. Le titre de pasteur ou de journaliste chrétien ne confère pas de fait une autorité spirituelle pour imposer ses vues politiques. Ces derniers temps, différents articles ont dépassé les limites de l’information. Or, l’amour chrétien commande d’accepter que l’autre ne pense pas comme soi.

Le problème n’est pas d’exprimer une opinion politique dans un article, mais de se poser au-dessus des lecteurs en convoquant le nom de Dieu et en usant d’autres grosses ficelles sur le plan intellectuel pour les orienter. Le respect d’autrui ne saurait tolérer sa dépréciation, et quand bien même l’on se saurait plus intelligent qu’une autre personne, Dieu désapprouverait le fait d’en profiter pour essayer de manipuler ses idées : se savoir ou s’imaginer plus intelligent que son prochain n’autorise pas à le traiter comme un idiot. Dieu est infiniment plus intelligent que nous, mais il ne s’autorise pas à nous traiter en imbéciles, et s’il ne nous révèle pas tout, c’est non point par raccourci intellectuel, mais parce que ses plans dépassent ce qui nous est intelligible. Si Dieu n’use pas d’expédients raisonnements douteux, comment pourrait-on sérieusement le faire en y ajoutant son nom ?

John John Summer

Publicités

Read Full Post »

Le tonneau des Danaïdes.

Le tonneau des Danaïdes (John William Waterhouse).

 

C’est un surprenant résultat qu’a obtenu le directeur général de Doers TV, David Wright, après une enquête auprès de 100 000… fans sur Facebook, les chrétiens en auraient assez des émissions des chaînes de tendance évangélique. Neuf sur dix l’ont affirmé, selon le Christian Post du 8 juin dernier. Ouf ! Nous sommes passés près de l’apocalytique Bête à dix cornes devant naître dans les temps d’apostasie… En cause, l’absence de crédibilité des stars chrétiennes et les soûlantes demandes d’argent.

Non seulement, ces chrétiens n’aiment pas la télévision chrétienne mais, en plus, ils se privent de la bénédiction de la regarder puisqu’ils n’assistent alors pas aux demandes d’argent, dont chacun sait que, exaucées, elles attirent moult perles de céleste rosée des aurifères régions du Ciel… Malachie 3:10 ne dit-il pas, en effet, que celui qui apportera des offrandes au Seigneur sera comblé en retour ? Or, parmi les causes de leur désaffection, voire désaveu, l’on trouve la lassitude face aux « trop nombreuses quêtes monétaires et téléthons pour lever des fonds ». Y ressemblant, l’on apprend également que les chrétiens sondés n’apprécient pas les enseignants du faux évangile de la prospérité et leurs manipulations. Don d’argent, évangile de la prospérité, responsables douteux, voilà des idées qui se suivent à la manière des mots dans un jeu des kyrielles : Marabout, Bout de ficelle, Selle de cheval… Nous venons de frôler Saddleback et son sinueux Rick Warren. Kyrie! Nous voilà exaucés, la dernière cause ne peut être raccordée aux précédentes, ni même aux Trois petits chats autrement plus haletants de suspense : les chrétiens sondés trouvent les programmes chrétiens… ennuyeux et de faible qualité.

Corne d’abondance et tonneau des Danaïdes

Puisque nous sommes dans les jeux de mots, citons le mot porte-manteau de Voltaire : « décimeur », enfant de la dîme et du décimateur, qui désignait la première qu’il considérait comme lourde au point d’affamer les plus démunis (relevons quand même que la dîme ne fut pas toujours réellement appliquée par l’Église catholique, mais c’est une autre histoire…). Prenant la promesse de Malachie 3:10 dans une acception mercantile, et les téléspectateurs pour des blaireaux que l’on rasera gratis s’ils paient, les stars de la petite lucarne chrétienne ont dû ressentir un profond émoi à la vue du sondage, eux qui, tellement assistés du saint Esprit, pensaient peut-être même sonder les profondeurs de Dieu. Si les demandeurs d’argent se présentent comme des colombes, le public leur signifie qu’il n’est pas fait que de pigeons, que cela soit dit ! Restent deux solutions, le flatter comme le corbeau sur son arbre perché pour son discernement ou changer les programmes pour ne pas perdre des plumes dans l’histoire.

« Le pouvoir corrompt tout », disait Lord Acton… l’argent aussi, il pervertit les échanges humains désormais dépourvus de simplicité et d’honnêteté. Ainsi, le chrétien ne sait plus si la personnalité parle sincèrement ou avec l’idée de plumer la douce colombe. Cette dernière préfère alors se muer en aspic prudent, selon le conseil du Christ (Matthieu 10:16), et éviter les deux filles de la sangsue dont parle Proverbes 30:15, Donne et Donne, qui sont un véritable tonneau des Danaïdes. Les chrétiens américains auraient-ils réalisé les aspects douteux de certaines émissions chrétiennes ? Mais également, s’affranchiraient-ils de codes culturels jugés dépassés ?

Des émissions ennuyeuses

A distinguer des demandes d’argent liées à l’évangile de la prospérité, celles pour supporter les télévisions chrétiennes. Mais, se demande le téléspectateur, pourquoi aider alors que la qualité fait défaut ? C’est le grand problème des œuvres des évangéliques : beaucoup de leurs livres sont comme écrits au soc écorchant la terre, leurs œuvres musicales sont (à chacun d’accorder une adjectif de fréquence) assez souvent peu inspirées au risque de faire passer le saint Esprit pour moins doué que Kris Kristofferson – je n’y peux rien, je l’aime bien -, et leurs films sont sans suspense : on devine d’emblée la morale de l’histoire, alors que le scénariste pourrait s’aventurer à troubler le spectateur pour la poser à la fin. Jusque là, le public appréciait, parce que le bon chrétien se doit d’apprécier toute œuvre chrétienne ou plus largement biblique, et détonnaient les chrétiens qui affirmaient largement préférer Shakespeare à une pièce de théâtre évangélique – ce dont je ne me repentirai pas. Peut-être même ce bon chrétien aurait-il encensé le combustible de provenance humaine ayant servi à préparer le pain d’un prophète (Ezéchiel 4:12). Tout se devait d’être applaudi et parfois comparé à la supposée indigence des productions du monde. Mais le temps vient où le cucul la praline use le spectateur quand, en changeant de chaîne, il peut regarder des films comme « Les vestiges du jour » ou « Gladiator »…

Dans son livre sur la virilité, « Indomptable, le secret de l’âme masculine », John Eldredge suggère que les hommes n’aiment pas les réunions de prières efféminées et trouvent leur bonheur dans l’aventure ou en regardant des matches de boxe, des films âpres comme le précité péplum ou « Braveheart ». Il n’est pas étonnant qu’Eldredge ait été critiqué par des responsables évangéliques pour ses références culturelles. Mais Gladiator aurait-il eu le même succès si le personnage principal avait déclamé d’une voix douce : « Mon nom est Maximus… »… non, faisons dans l’humilité, « Mon nom est Minimus Decimus Meredius, commandant en chef des armées salutistes du Nord, général des boyscouts Felix, fidèle serviteur du vrai empereur – Marc Aurèle -, père d’un fils assassiné, époux d’une femme assassinée, et je jure que je te tendrai la joue gauche dans cette vie ou l’autre ! » ? Sentant peut-être cette lassitude, Sylvester Stallone, qui assure s’être tourné vers Dieu, a dit croire que son film «Rocky Balboa », au demeurant excellent, avait été inspiré par le modèle du Seigneur.

Au-delà de cette caricature, je pense, pour ma simple part, qu’un équilibre entre des productions chrétiennes – à améliorer – et des films d’en dehors est possible, que les producteurs et réalisateurs peuvent niveler vers le haut la qualité de leurs ouvrages et œuvres, sans chercher à tout imiter dans le monde, mais sans tenir pour acquise la préférence des spectateurs. C’est aussi là un signe d’humilité. Pendant ce temps, les évangéliques du Brésil se battent contre un possible ban des programmes chrétiens à la télévision

John John Summer

Read Full Post »

%d blogueurs aiment cette page :