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Archive for the ‘Amour’ Category

« Il n’avait aucun talent oratoire, mais la conviction erronée que son grade faisait de lui un orateur. »

( La route étroite vers le nord lointain, Richard Flanagan)

J’observais un jour des moineaux occupés à picorer des miettes quand atterrit un pigeon qui leur fit immédiatement prendre la fuite. Aussitôt après se posa une corneille qui évacua ce dernier. L’actualité donne à voir de drôles d’oiseaux qui, infatués de leur sentiment d’importance, sont comme ce pigeon, qui s’affirment face à un public de moineaux n’osant pas la contradiction. Depuis que le suffrage existe, des politiciens donnent des consignes de vote, des célébrités donnent des consignes de vote. Et il arrive que des responsables religieux en donnent, ainsi qu’en témoignent les appels à voter pour tel ou tel ou s’abstenir émanant d’individus établis, qui sur son estrade médiatique, qui sur son estrade ecclésiastique, et qui peuvent affirmer avec une apparence de précision des contre-vérités que peu iront débusquer. Convaincus, du fait de l’absence de contradiction, du génie de leur parole qu’ils pensent capable d’emporter l’adhésion, ils indiquent que choisir, comme si les moineaux que sont les électeurs, les fidèles, les fans n’étaient pas à même de trancher. Jusqu’à utiliser le nom de Dieu pour emporter la conviction…

« Dessine-moi un mouton ! » (Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry). Concept détourné, de l’amitié au suivisme.

Ces derniers temps, plusieurs médias chrétiens, avec des trémolos d’histrion plein la plume, se sont autorisés à donner des consignes (tel ou tel candidat, l’abstention ou le vote), sans aucunement rien comprendre de ce dont ils parlaient, manquant de connaissance et de réflexion sur ces sujets, donnant dans le raccourci intellectuel bien grossier, mais croyant que leur situation visible – et éventuellement la signature « pasteur » – valait autorisation de tenter d’influencer les gens qui devraient suivre sans penser par eux-mêmes… Un peu à la manière de ce personnage sorti du chapeau de l’hilarant Gorafi qui se dit connaître l’astrophysique, et se croit apte à donner son avis, du fait qu’il poste des articles – qu’il ne comprend pas – sur Facebook et dispose d’une certaine audience supposée. Et la contradiction à leurs propos risque d’attirer de l’agressivité envers celui qui s’y aventure, surtout s’il expose posément un propos documenté qui dérange celui qui utilise sa position pour convaincre et ne sait que répondre : les sarcasmes ou les ciseaux d’Anastasie ne sont pas loin… J’ai connu les deux récemment, notamment de la part d’un universitaire tenant un blog bien connu sur le fait religieux ayant passé tous mes messages à la trappe, parce qu’il ne savait pas qu’y objecter alors qu’il faisait son pigeon parmi ceux qu’il considérait comme des moineaux à qui il pouvait s’imposer intellectuellement.

Dans un chapitre de La route étroite vers le nord lointain, le narrateur expose le caractère prétentieux d’un colonel durant la Seconde Guerre mondiale, dépourvu de la moindre capacité à enflammer les troupes, les convaincre par la beauté du verbe et la puissance de la démonstration, mais à qui son statut fait s’imaginer un génie oratoire. Un officier supérieur dénué d’amour pour ses hommes réduits à l’esclavage dans l’enfer de la jungle par les Japonais. A propos de grade et d’amour, utiliser sa position médiatique ou pastorale pour dire aux gens que choisir, n’est-ce pas déconsidérer leur propre humanité et ainsi manquer d’amour ?

La considération de l’avis de l’autre, une marque d’amour

La position médiatique ou celle derrière un micro d’église peut donner, à ceux qui ne prennent pas garde à rester humbles, le sentiment d’être supérieur, d’avoir une parole plus convaincante que celle des autres. Telle célébrité étale des jugements moraux sur différents thèmes sans rien approfondir, sans rien démontrer, convaincue que sa seule aura médiatique suffit : « Vu à la télévision ! » ; telle personne disposant d’un micro dans une église peut se prendre pour excellente en débat, alors qu’elle ne débat justement pas, le silence des ouailles pouvant lui laisser l’impression d’être approuvée. J’ai eu un pasteur qui outrepassait sa fonction en donnant ses avis politiques depuis l’estrade ; je me souviens que lors d’un repas, plusieurs personnes exprimaient une idée jusqu’à ce que le pasteur intervienne et donne son opinion en citant un verset qui se voyait décontextualisé, et le silence se fit. Ce n’est heureusement pas la position de bien des pasteurs que j’ai connus, qui veillent à ne pas utiliser le nom de Dieu pour inciter les gens à penser comme eux sur le plan politique. Autrement, leur vision des autres serait carencée en amour. Ce sentiment d’importance et de talent, nourri par le fait qu’aucune corneille ne descende subitement pour confronter celui qui comme le pigeon s’impose aux moineaux, éloigne de sa propre réalité, des autres et de Dieu. La surestimation de soi a pour pendant la sous-estimation de la valeur de son prochain, ici la pensée que son individualité, lors du choix dans l’isoloir, ne compte pas et doit être soumise à celui qui, se compose une très haute idée de son importance pour dire que voter.

Les pages de La locataire de Wildfell Hall Anne Brontë offrent notamment un pasteur pétri de sa conviction d’être important et un grand orateur, qui, lors d’un goûter, donne le plus ridiculement du monde son avis sur la consommation de vin par un tout jeune enfant, qu’il estime nécessaire. L’opinion, valant celle d’un pilier de bistrot, lui a d’ailleurs été demandée par l’une des ouailles apparemment incapable de penser par elle-même, et le clergyman n’en demandait pas tant pour ennuyer la mère du garçonnet. Scène encore plus ridicule, celle du pasteur Collins dans Orgueil et Préjugés qui tente de convaincre sa lointaine cousine Elizabeth Bennet de l’épouser en exposant ses motifs comme une dissertation en plusieurs temps qu’il essaie de fonder sur la raison, sans rien écouter des objections de la jeune fille.

 

Collins, habitué à voir les fidèles dire Oui et Amen à ses prêches, est un personnage prétentieux qui s’attend à ce qu’Elizabeth approuve pareillement son propos. Comment ?!? Je suis une star, je passe à la télévision, j’ai un micro, je suis pasteur... Comment, alors que je ne me vois opposer aucune contestation en tant que star ou lors de mes sermons, ce qui devrait prouver ma force de persuasion, suis-je confronté à une objection ? Poussez-vous, c’est moi que je dois parler !

Dans les premiers temps de l’Église, la prédication était ouverte au débat, elle n’était pas magistrale. Lorsqu’il m’est arrivé d’apporter la Parole, c’est aussi ce schéma que j’ai choisi, et j’annonçais par courriel quels versets j’allais travailler afin que les autres participants – et non assistants – s’y préparent. Les temps ont changé, et l’on fait avec ce que l’on a, et cela ne préjuge pas de la valeur morale des pasteurs : dans un format de débat, certains pourraient être tentés d’écraser les opinions dissidentes ou concurrentes ; dans un gabarit de prédication magistrale bien des pasteurs sont honnêtes et capables d’accepter la contradiction après le culte. Mais cela reste tout de même un schéma qui favorise d’une part le sentiment d’être plus convaincant que ce que l’on est, d’autre part le risque d’en profiter. Notamment en période électorale, comme ce pasteur que je mentionnais – et que j’appréciais cependant sur bien d’autres plans, et à qui je reprochais directement cette attitude.

Entre tous les personnage de la Bible, l’un de mes préférés est Amos, un berger par ailleurs prophète. J’éprouve de la sympathie pour lui notamment parce que j’ai grandi en travaillant dans les champs, mais également parce qu’il ne s’attachait pas à un micro d’antan, son rôle de prophète : Amos allait parler aux puissants et s’en retournait chez lui, sans désir de garder le monopole du verbe, de l’utiliser pour une autre destination que celle que Dieu lui avait confiée. Il s’en retournait chez lui, son travail fait, pour s’occuper d’un autre travail moins médiatique, dirait-on aujourd’hui. Amos était, dans un sens, un peu cette corneille qui arrivait face aux chefs prévaricateurs à l’attitude de pigeons surplombant les moineaux. Ces chefs si gonflés de leur prétendue importance découvraient alors quelqu’un capable de les confronter. On a l’image du pasteur, dans Entre Ciel et Terre de Jon Kalman Stefansson, qui s’irrite contre les corbeaux sur le toit de l’église qu’il ne peut atteindre.

Le sacerdoce est universel en Christ, le suffrage l’est aussi dans la plupart des démocraties ; et la position de prêtrise médiatique ou ecclésiastique ne confère pas plus de d’autorité pour dire que voter, un conseil ne pouvant s’appuyer légitimement sur la connaissance et non sur un nom, une situation plus ou moins médiatisée, un micro, une estrade. Ou alors le pasteur, le journaliste chrétiens seraient, du seul fait de leur foi au lieu de celui de la compétence, qualifiés pour parler de tout et rien, comme le Simon du Gorafi d’astrophysique. Et s’il est légitime de discuter des points de vue politiques du moment que les gens sont d’accord pour le faire, il est malsain de prétendre dicter ce qu’il convient de voter, chacun ayant sa liberté de vote ; encore plus en se servant du nom de Dieu. Le titre de pasteur ou de journaliste chrétien ne confère pas de fait une autorité spirituelle pour imposer ses vues politiques. Ces derniers temps, différents articles ont dépassé les limites de l’information. Or, l’amour chrétien commande d’accepter que l’autre ne pense pas comme soi.

Le problème n’est pas d’exprimer une opinion politique dans un article, mais de se poser au-dessus des lecteurs en convoquant le nom de Dieu et en usant d’autres grosses ficelles sur le plan intellectuel pour les orienter. Le respect d’autrui ne saurait tolérer sa dépréciation, et quand bien même l’on se saurait plus intelligent qu’une autre personne, Dieu désapprouverait le fait d’en profiter pour essayer de manipuler ses idées : se savoir ou s’imaginer plus intelligent que son prochain n’autorise pas à le traiter comme un idiot. Dieu est infiniment plus intelligent que nous, mais il ne s’autorise pas à nous traiter en imbéciles, et s’il ne nous révèle pas tout, c’est non point par raccourci intellectuel, mais parce que ses plans dépassent ce qui nous est intelligible. Si Dieu n’use pas d’expédients raisonnements douteux, comment pourrait-on sérieusement le faire en y ajoutant son nom ?

John John Summer

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« Ô quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi ni aux autres ? » (Bossuet) (1).

Cette phrase extraite d’une lettre de Bossuet illustre densément la question du paraître qui trouve aussi place dans le milieu chrétien et se décline entre l’illusion donnée aux autres et celle à soi-même.

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   L’Église est, pour ainsi dire, une société de rachetés mais de rachetés encore terrestres. « Le cœur de l’homme est tortueux par dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? », demandait Dieu par le prophète (Jérémie 17:9), et tant que nous serons dans ce monde, nous serons soumis à diverses tentations et faillirons, et parmi elles celle du paraître. Présenter l’image du chrétien parfait, voire quasiment surnaturel en raison d’une prétendue connexion à très haut débit qui fait de soi un chrétien de l’éther net, très aérien et propre peut se faire en relâchant la pression par le biais d’une tartufferie presque vitale pour ne pas sombrer subitement comme après un diète mal gérée ; mais l’humain possédant un cœur tortueux, il est capable de se mentir à lui-même, sur ses vraies motivations, sur sa réalité.

 La psychologue Monique de Kermadec a mis en perspective deux études révélatrices du mensonge sur soi. La première, menée 1986, révèlait que 80% des automobilistes se considéraient plus adroits et moins dangereux que la moyenne : si cela est possible, dès lors que l’on quantifie la prudence et que 20% roulent tels des bateaux ivres, sans maîtrise, beaucoup moins bien que la moyenne, ça ne l’est pas dès lors qu’il s’agit de se positionner sur la moralité de sa conduite. Cette impossibilité logique sur le plan moral se retrouve également dans une autre étude, de 2013, menée auprès de prisonniers révélant leur sentiment d’avoir des dispositions morales supérieures à celles des intentions de la moyenne (better than average effect). Une supériorité morale illusoire, au vu des raisons de leur enfermement qui peut s’expliquer par le désir sinon le besoin de justification : ici, sur le plan des intentions, c’est une possibilité, rien n’assure que la majorité des gens ne rêvent pas de voler quand une dépense est impossible tout en songeant à voler, et commettre des crimes peut-être pires que ceux des condamnés, mais seuls les faits peuvent compter pour juger, et les prisonniers ont, s’ils n’ont pas été condamnés à tort, commis des délits et des crimes que n’a pas tenté la majorité. Dans les deux études apparaît une sur-indulgence envers soi si ce n’est également une surévaluation de ses aptitudes et qualités. Un biais cognitif qui vaut également pour l’estime intellectuelle que l’on peut avoir de soi ou l’appréciation de sa propre spiritualité.

 La Bible dit que le cœur humain ne peut être vraiment connu que de Dieu, et l’apôtre Paul assure : « Si je distribue tous mes biens aux pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien » (1 Corinthiens 13:3). Comment une telle distinction peut-elle exister ? L’abnégation jusqu’à la mort, n’est-ce pas une marque d’amour ? A priori, l’on serait tenté d’opiner. Mais le discernement, aussi bien extérieur qu’introspectif, peut amener à détacher les actes des motivations. Aussi bien un discernement purement psychologique, le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate (qui pour les Anciens invitait à l’humilité), que spirituel peuvent aider à comprendre les ressorts de ses gestes loués par l’assemblée et fièrement considérés par soi.

 « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur » (Hébreux 4:12)

 L’abnégation, c’est en quelque sorte la mort à soi-même : renoncer à ce à quoi l’on est attaché, même la vie par amour pour une personne, un idéal. L’homme qui, comme le Christ s’est donné pour l’Église, doit être disposé à mettre sa vie en jeu pour protéger sa femme ; les parents qui doivent être prêts à faire prévaloir la survie de leur enfant menacé sur la leur ; le soldat qui est prêt à mourir pour défendre sa patrie. Rien que de la noblesse, mue par l’amour. Mais comment reconnaître le soldat qui, habité d’un fort amour pour sa communauté, sa famille, accepte le risque de voir son sang couler de celui qui, tête brûlée, en quête de gloire, meurt au combat ? La communauté n’a pas à tenter de discerner, elle doit rendre hommage à ceux qui ont veillé sur elle et ont péri, quel que fût le soubassement de leur bravoure. Et même ceux qui ne furent point braves, mais téméraire – car leur inconscience face au danger empêche de parler de courage -, car la communauté ne peut pas discerner.  Chacun verra sa mémoire et son sacrifice honorés… (et un jour oubliés), mais certains sont morts sans mourir à eux-mêmes, juste par vanité, la quête de la gloire, pure apparence. Et que dire de la personne qui se dévalorise tellement qu’elle peut sacrifier sans peine, sa vie ou son temps ? En apparence, elle pourra paraître dévouée alors qu’elle cherche peut-être de la reconnaissance, croit qu’en s’oubliant elle obtient le respect qui lui fait tant défaut. Elle pourra être honorée… (et un jour oubliée). Tout comme celle qui fait don d’elle-même dans la communauté des chrétiens et est motivée non par un désir d’abnégation mais celui de désir de paraître aux autres mais également à soi… car, dans ses méandres, le cœur humain peut inciter à se mentir sur soi. Comme peut-être dans le cas des 80% d’automobilistes se jugeant plus respectueux de la loi que la majorité des conducteurs ou les prisonniers assurant disposer d’un sens moral supérieur à celui de la majorité des citoyens en liberté. Dans le cas des chrétiens, Dieu fait la différence, l’entourage chrétien peut éventuellement discerner, que ce soit pour tendre la main ou éviter que la personne « dévouée » n’en fasse trop à son propre détriment ou celui de la communauté.

 Bossuet écrivait : « Ô quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi ni aux autres ? Quand serai-je content de n’être rien, ni à mes yeux, ni aux yeux d’autrui ? Quand est-ce que Dieu me suffira ? Ô que je suis malheureux d’avoir autre chose que lui en vue ! Quand est-ce que sa volonté sera ma seule règle, et que je pourrai dire avec saint Paul : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde ; mais un esprit qui vient de Dieu ? » Esprit du monde, esprit d’illusion et de vanité, esprit d’amusement et de plaisir, esprit de raillerie et de dissipation, esprit d’intérêt et de gloire, Esprit de Dieu, esprit de pénitence et d’humilité, esprit de charité et de confiance, esprit de simplicité et de douceur, esprit de mortification et de componction, esprit qui hait le monde, et que le monde a en aversion, mais qui surmonte le monde : Dieu veuille nous le donner. »

 Dès lors paraître pour être honoré ne comptera plus et paraîtra par ailleurs d’une grande futilité : en s’oubliant en apparence, on obtiendra les honneurs dans l’immédiat, mais le temps efface la mémoire du dévouement apparent… Y aurait-il un intérêt sérieux à passer pour ce que l’on n’est pas devant le monde alors que Dieu ne s’attache pas aux apparences qui dupent le monde ? Y aurait-il un intérêt sérieux à passer pour ce que l’on n’est pas devant l’Église alors que Dieu n’est pas ingénu ?

 Mais, et je terminerai sur cette conclusion ouverte, l’on peut se mentir sans rechercher les honneurs : l’éducation, le conditionnement peuvent favoriser des dispositions de service qui n’ont que peu à voir avec l’amour. Ainsi des enfants de pasteurs éduqués pour faire honneur à leurs parents dans la communauté et qui se dévouent sans compter aux autres peut-être sans jamais examiner les tréfonds de leurs motivations (il ne s’agit pas de plonger dans une introspection ennuyante car abusive) et qui peuvent croire être mus par le seul amour alors que c’est la seule manière d’être dans l’église qu’ils connaissent pour être de bons chrétiens. En toute chose, demander à Dieu de juger les sentiments et les pensées du cœur, sans que cela ne devienne une obsession puritaine, m’apparaît comme sain. « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean 3:30) ; et plus il croît, plus l’on peut apprendre de lui sur soi, sur ses motivations.

John John Summer

(1) « Œuvres complètes de Bossuet, Tome onzième, Lettres diverses »

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En lisant l’émouvante histoire de Brittni, j’ai eu à cœur d’écrire à son sujet et la façon dont peuvent être perçus certains péchés.

Quand on apprend l’histoire de Brittni, on ne peut qu’être submergé par la compassion. Et on se demande comment elle gère son vécu et le regard des gens qu’elle croise, qui l’ont peut-être vue dans son ancienne vie. Si j’avais un enfant et que cet enfant suivît le chemin de Brittni, avant de se repentir, j’aurais probablement envie de le prendre dans mes bras, le consoler et lui dire que c’est fini, et que je l’aime toujours de la même façon. Et je crois que c’est ce qu’a fait Dieu à sa manière avec sa fille, Brittni. Car sa personne ne se réduit pas à son passé.

Brittni, une femme purifiée après l’enfer de l’industrie du sexe

Brittni, disons le mot, est une chrétienne auparavant star du porno. God Reports rappelle qu’elle était l’une des principales célébrités du genre en 2010, et qu’elle était déjà en train de chercher Dieu. Une descente aux enfers commencée en 2005.

Alors qu’elle n’était encore qu’étudiante en première année, Brittni commença a danser pour se faire de l’argent. Elle fut remarquée par deux hommes qui lui proposèrent de tourner dans des films de romance. « Vous voulez dire des films pornos ? », demanda-t-elle, avant d’accepter…

Brittni n’était qu’une fille d’à peine 18 ans qui se cherchait encore, ne se connaissait pas bien. Venue d’un foyer avec une mère abusive et un père passif, la jeune étudiante voulait surtout être aimée. Pour la première fois de sa vie, Brittni recevait des compliments, et c’était agréable. Elle alla à Los Angeles pour y tourner sa première scène de nu.

« Je me suis senti tellement aimée ce jour-là car ils s’occupaient de ma coiffure et de mon maquillage. On m’a dit que j’étais belle et que j’allais devenir une star. Les premiers mois, je me sentais bien. »

Ce qui intéressait les producteurs, c’était qu’elle avait l’air d’avoir 12 ans, et ils l’habillaient comme une pré-adolescente. Et la conclusion inéluctable, c’était que le public ciblé était fait d’hommes à tendances pédophiles. « C’est écœurant comme ils peuvent vous faire passer pour une enfant, une vraie perversion ! », dit aujourd’hui Brittni.

Au cours de cette période, Brittni pouvait travailler plus de 60 jours d’affilée, sans repos, avec deux ou parfois trois scènes de sexe dans la journée. « Je ne savais pas dire non, m’affirmer. Avant, c’était ma mère qui prenait les décisions à ma place. » Mais sa visible jeunesse s’estompant, l’argent coula moins à flots : elle cessa de gagner 900 dollars par scène tournée et trouva alors du réconfort dans la drogue, la cocaïne puis l’héroïne. Après trois ans dans l’industrie pornographique, Brittni était épuisée et elle appela sa grand-mère :  « J’ai besoin de toi, Mamie ! Je suis finie avec ça, viens me chercher ! » Ses grand-parents l’emmenèrent à l’église où elle reçut une Bible.

Jésus aime aussi les stars du porno, d’un amour saint

L’amour tendait enfin les bras à Brittni : ses grand-parents l’accueillaient sans jugement, une église l’accueillait, Dieu l’accueillait, et elle commençait à fréquenter un jeune chrétien. Mais ce fut vite le drame : alors qu’ils dînaient tous les deux dans un restaurant, des hommes d’un gang firent irruption et tuèrent son ami en le frappant avec des poings américains. Sa jeune foi commença a dérailler, elle reprit sa consommation de drogues, tenta de se suicider à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’elle rencontre un autre homme qui l’amena à se faire baptiser… mais la ramena dans l’industrie du porno !! La jeune femme était désormais entre deux mondes.

« Le diable me voulait que je revienne vers lui, mais Dieu continuait à m’attirer à Lui. Satan a un complot mais Dieu a un plan », constate aujourd’hui Brittni. Elle retourna à Dieu grâce au ministère de la XXX Church qui déploie différentes stratégies à l’endroit de l’industrie du sexe. En novembre 2012, Brittni tourna son dernier film pornographique. « Ce furent sept longues années ! Je détestais ce que je faisais mais je ne savais que faire d’autre si je sortais de ce milieu… » Aujourd’hui, la jeune femme est réconciliée avec ses parents, sa petite sœur s’est même fait baptiser, et son frère a accepté Jésus.

La femme pécheresse lave les pieds de Jésus et est totalement purifiée.

La femme pécheresse lave les pieds de Jésus et est totalement purifiée. L’hôte du Christ la juge, se pensant supérieur à elle.

« Dieu est vivant et il est à l’oeuvre ! Il est dans l’industrie des miracles. J’ai enfin rencontré l’amour inconditionnel de Dieu et je ne ferai pas marche arrière », assure Brittni.

Quand on lit le témoignage de Brittni, disais-je plus haut, on est saisi de compassion, mais aussi d’inquiétude pour elle. Comment peut-elle gérer le regard des autres maintenant ? Il y a ceux qui l’ont vue, mais elle-même ne sait pas qui, ce qui peut créer un sentiment de paranoïa… mais il y a aussi ceux qui ne l’ont pas vue et qui la jugent peut-être dans leurs cœurs. Ou ne la considèrent pas comme une sœur normale, sans même mal y penser.

Le respect d’une personne, c’est ne pas toucher à son vécu

David Wilkerson racontait que lorsqu’il prêchait parmi les gangs et les prostituées de New York, il faisait régulièrement monter sur l’estrade un jeune couple récemment converti. La jeune femme était une ancienne prostituée, et le pasteur expliquait à l’assistance de quelle vie elle avait été sauvée par Jésus. Il pensait bien faire jusqu’au jour où le mari vint lui dire que c’était là une situation embarrassante : lors des réunions, venaient des hommes qui avaient couché avec celle qui était devenue sa femme, et cette présentation du couple les empêchait de tourner la page. Le pasteur comprit la leçon.

Cette leçon, c’est le respect d’une personne quel que soit son passé, et la discrétion à son sujet. De la même manière que Joseph ne voulut pas exposer Marie à la honte publique, parce qu’il était un homme juste. Cette jeune femme qui avait été prostituée ne l’était plus, personne n’avait le droit de la forcer à monter sur l’estrade pour témoigner : c’était entre elle, son mari et Dieu. Et personne d’autre. Même pas le pasteur qui l’avait amenée à se convertir.

La femme au parfum de grand prix et le jugement moral sans amour

Mais l’autre façon d’appréhender les péchés de la chair, c’est souvent le jugement moral, sans amour. Nous vient à la pensée, l’image de cette femme de mauvaise vie qui mouilla les pieds de Jésus avec ses larmes, les essuya avec ses cheveux et les oignit de parfum. Jésus était invité à prendre le repas chez un pharisien quand cette femme entra en pleurs et le remercia ainsi. Le pharisien était choqué : un prophète ne pouvait pas ne pas savoir qui était cette femme. Et Jésus lui parla de la remise des péchés : « Ses nombreux péchés ont été pardonnés : car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu » (Luc 7 : 47).

La nouvelle Brittni, aujourd’hui heureuse de vivre, aimant Dieu (God Reports)

Et pourtant, bien des chrétiens sont encore pleins de jugements concernant ceux qui n’ont pas suivi les commandements bibliques sur la sexualité. Je repense à l’exemple de cette adolescente chrétienne tombée enceinte et qui a été forcée de l’avouer devant son église de 500 personnes, un dimanche matin. En lisant cette histoire, je me suis exclamé : « Cela n’a rien à voir avec Jésus ! » Car Jésus est amour, et je doute qu’il ait apprécié de voir cette pauvre fille obligée de se confesser ainsi, humiliée de force, alors qu’elle n’était pas la seule pécheresse de l’église : chacun avait son péché, différent ou non, à commencer par le garçon qui l’avait rendue enceinte. Et le péché le plus évident de ce dimanche matin-là, c’était le manque d’amour : obliger une personne qui avait péché à aller avouer son histoire devant tout le monde. Sans respect de sa vie privée, de son ressenti, sans crainte de la dégoûter de la foi.

Brittni ou la femme au parfum de grand prix sont de ces personnes dont Jésus a dit qu’elles devanceront les hypocrites dans le Royaume des Cieux (Matthieu 21 : 31). Parce que Dieu considère le cœur et non les diplômes de bons chrétiens corrects que certains s’attribuent, et qu’une fois que Dieu a pardonné un péché, personne ne peut spirituellement le rappeler. Devant lui, un péché est un péché, et un péché effacé est un péché effacé, même s’il faut parfois vivre avec les conséquences. C’est en cela que l’histoire de Brittni, lavée et purifiée, contient aussi de la lumière. Et sa repentance parle davantage que la conviction des chrétiens se pensant parfaits qui, comme Simon le pharisien, n’ont pas fait autant honneur à Jésus que ces femmes.

John John Summer

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(A meditation I brought two years ago.)

Reading : 1 Kings 19

Elijah was a great prophet, having seen a powerful God, but depressed due to Queen Jezebel’s threats on his life, after yet having triumphed over the 450 prophets of Baal.

Scared of those threats, Elijah ran away; withdrawing into himself, he felt lonely (19:10) and disarmed. Nevertheless, one hundred prophets had been hidden before his victory (18:4) and God is about to reveal to him that he has reserved seven thousand faithful men in Israel (19:18).

The Lord comes in the desert, near the cave where is Elijah, asking him what he’s doing there.

Outside, on the mountain, there is a powerful wind devastating the rocks; after that, an earthquake, and then a fire, but God is not within. Then, there is a small voice: thereby, God, present in this breeze, encourages Elijah.

This faithful prophet knew the miracles and the power of God, he had seen that the Almighty had burned a drenched altar when he vanquished the Baal’s servants -it was not a narrow victory!-, or a child rose from the dead. Elijah did not need any display of power, but that God closed in on him: he needed the closeness of the Lord – the latter knew his needs. The Lord knew that asserting his strength would not  have helped Elijah who did not only look for a strong God, but a God with sweetness. And God will give him a friend, an earthly friend (moreover, this earthly friend is a kind of symbol: a man ploughing the soil, for Elijah needed communion with a human being too).

Therefrom, I guess that there was no closeness between Elijah and the people. The people came near him, but was quite passive, a kind of bystander.

Dwelling together in unity, in nearness

In this perspective, I have thought of 1 Corinthians 13 (till the end). Talking about Revival, lots of Christians describe something that seems to be an impressive show. For them, the most important things are charismata, miracles, etc. Or spending a nice time of worship is considered as a revival. Yet, 1 Cor. 13 says one could have enough faith, so that one could remove mountains, or could speak in the tongues of angels, or could be an erudite theologian understanding all mysteries, one is nothing without love. « Nothing » means that spiritual gifts, miracles, knowledge, and even self-sacrifice are not above love. And that without loving, Christian people are spiritually fruitless, because those works are in the flesh. For love is even beyond faith and hope. Revival is first and foremost the fruit of the Spirit. And excellent as charismata, miracles or self-sacrifice may be, they are less important than love. For the purpose of gifts is the growth of the Church (1 Cor.12:7). Dwelling together in unity (Psalms, 133:1), increasing in love, growing together, is the aim of God’s family, unity. We are members of the same body (1 Cor. 12:12-27), even those who seem to be weaker (v.22). Weaker like Elijah in the desert. Aiim of the gifts is love, the closeness, the same as between Elijah and Elisha. There, there is the Revival as when the angel came, twice, to wake up Elijah.

Closeness means to consider the brethren (1 Cor.12:26; Romans 12:15). One does not deeply love God without loving one’s brother. Worshiping to spend a nice time, while forgetting one’s brethren is not a gathering in love. Jesus said : « For where two or three are gathered together in my name, I am there in the midst of them » (Matthew 18:20), and the disciples who meet to pray or worship have love for one another (John 13:34-35). For example, having a nice time in worship while not considering (even ignoring) a sister or a brother could be something like in this verse : « Like one who takes away a garment in cold weather, and like vinegar on soda, is one who sings songs to a heavy heart » (Proverbs 25:20). Closeness is something coming from God, like between Elijah and Elisha. Going to church to see impressive demonstrations without loving one’s brethren is not the Revival.

Otherwise, there is a risk of schism (1 Cor. 12:25), not especially an important schism like between two denominations, but a wound in the brotherhood. Understanding the weaknesses, respecting the strengths of brethren, signifies unity despite disagreements. Consequently, it is possible to sing together, to dwell together and to desire it for all days of one’s life, like David (Psalms, 27:4). For dwelling in unity is like the unction (Psalms, 133:2). Unction means Revival.

John John Summer

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Il y a 65 ans était assassiné le père de l’Inde libre, Gandhi. Le matin de sa mort, celui qui refusait le titre de « Mahatma » (Grande âme) chantait encore un cantique, son préféré, Abide with me. Cet hymne répandu dans tout le Commonwealth britannique et dont la version française est « Reste avec nous ». Une prière à Dieu de rester près de soi dans l’épreuve et même la mort.

Il ne saurait être question de dire si Gandhi est sauvé ou non, il faudrait avoir accepté Jésus pour cela, et personne ne sait ce qu’il en a été au dernier moment de sa vie, dans son cheminement intérieur. Mais l’on sait que Gandhi, lecteur de la Bible, disait que le témoignage des chrétiens ne lui avait pas donné envie de se convertir. De là à imaginer que si les chrétiens avaient eu un meilleur témoignage, le célèbre hindou se serait tourné vers Dieu, il y a une limite que nous ne franchirons pas.

Abide with me; fast falls the eventide;

The darkness deepens; Lord with me abide.

When other helpers fail and comforts flee,

Help of the helpless, O abide with me.

Abide with me parle de la solitude dans la détresse, quand le jour se voile de ténèbres et que toute les aides et consolations s’évanouissent, et il annonce qu’il reste encore Dieu. Abide with me est un magnifique chant d’espérance en Dieu dans l’épreuve, et qui se sera quelque peu attaché à connaître les aspirations spirituelles de Gandhi ne pourra rester indifférent à sa prédilection pour ces mots, encore le jour de son assassinat. Car, si Gandhi ne voulait pas devenir chrétien, il empruntait au christianisme, ainsi le fait de tendre l’autre joue en cas d’injustice (Matthieu 5 : 38-39), une idée qu’il ajouta à l’ahimsa hindoue – un principe de non-violence.

Christianisme et amour des âmes : le témoignage par les actes

Dans la calviniste mais raciste Afrique du Sud, Gandhi va découvrir une application peu orthodoxe du christianisme. La plus connue de ses expériences est celle de son expulsion d’un train pour avoir refusé de passer en troisième classe alors qu’il avait acheté un billet pour la première. Et en Inde, il sera confronté au mépris des colons officiellement chrétiens. Pour Gandhi qui haïssait déjà le système hindou de la discrimination des castes et le rejet des Dalit (intouchables), le témoignage des chrétiens en Afrique du Sud et en Inde sera un contre-témoignage. Il dira que la seule raison qui l’aura empêché de devenir chrétien, ce sont les chrétiens, ne retrouvant pas en eux l’idéal chrétien de Léon Tolstoï qui dénonça, après sa conversion, l’hypocrisie des institutions chrétiennes. Un refus qui ne peut que questionner.

Certes, il est de bon ton et convenu dans les milieux chrétiens actifs de déclarer que les chrétiens auxquels fut confronté Gandhi n’étaient que des chrétiens de culture, qui n’étaient pas réellement convertis et n’avaient pas découvert Dieu. Mais ce témoignage soulève tout de même la question du comportement des « chrétiens » en général, pas seulement de ceux qui ne sont pas convertis et n’ont qu’une pratique culturelle, mais également ceux qui confessent Jésus comme leur Sauveur et Seigneur.

Abide with me parle de la solitude dans la foi, quand tout soutien fait défaut. Notamment les soutiens de la part de chrétiens, frères et soeurs dans la foi. Se pose la distinction de la foi et de l’amour, et la possibilité de parler séparément de « frères et soeurs dans la foi » et « frères et soeurs dans l’amour ». Une distinction à partir du texte de 1 Corinthiens 13 accordant la primauté à l’amour. Car si c’est par la foi en Christ que l’on est sauvé, la foi sans les oeuvres est morte :

Parlez et agissez comme devant être jugés par une loi de liberté,

car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde. La miséricorde triomphe du jugement.

Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les oeuvres ? La foi peut-elle le sauver ?

Si un frère ou une soeur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour,

et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ?

Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même. (Jacques 2 : 12-17)

Cette foi, au moins culturelle, morte, c’est celle que vit Gandhi, c’est celle qui, dénuée d’amour, ne lui donna point envie de devenir chrétien. Les religieux pouvaient parler de l’amour de Dieu, mais, si cet amour n’était pas montré, il ne valait rien. C’est le propos de Jésus qui énonce que c’est l’amour qui est témoignage :

Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. (Jean 13 : 34-35)

Un amour, disons-le, trop souvent confondu avec la seule amitié, au point que l’on peut se demander si les chrétiens s’aiment parfois seulement par amitié ou par réel amour fraternel, en Christ. Une question qui ouvre la porte sur la frustration pour qui espère vivre dans l’Eglise ce que demandait Jésus, ce qui devrait exister quand Dieu agit. Et si comme les chrétiens culturels qui avaient donné un mauvais témoignage à Gandhi, les chrétiens convertis ne se donnaient pas de vrais témoignages d’amour fraternel, mais simplement quelque chose de superficiel ?

John John Summer

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Auteur inconnu

L’autre jour, je me baladais. En passant sur un pont, je vois un gars sur le parapet, prêt à se lancer dans le vide. Immédiatement, je me précipite auprès de lui, et je lui crie d’arrêter, de ne pas sauter.
– Et pourquoi ne devrais-je pas sauter? me dit-il alors.
– Parce qu’il y a bien trop de formidables choses à vivre, et tellement de gens intéressants avec qui vous avez des choses en commun à rencontrer!
– Comme qui, par exemple?
– Eh bien, euh… vous êtes croyant ou athée?
– Croyant.
– Moi aussi! Vous êtes chrétien ou juif?
– Chrétien.
– Moi aussi! Vous êtes catholique ou protestant?
– Protestant
– Moi aussi! Vous êtes Episcopalien ou Baptiste?
– Baptiste.
– Waow! Moi aussi! Vous êtes Baptiste Eglise de Dieu ou Baptiste Eglise du Seigneur?
– Baptiste Eglise de Dieu.
– Moi aussi! Vous êtes Baptiste Eglise de Dieu Originelle ou bien Baptiste Eglise de Dieu Réformée?
– Baptiste Eglise de Dieu Réformée.
– Moi aussi! Vous êtes Baptiste Eglise de Dieu Réformée, réforme de 1879 ou Baptiste Eglise de Dieu Réformée, réforme de 1915?
– Baptiste Eglise de Dieu Réformée, réforme de 1915!
Alors c’est là que je lui ai dit:
– Crève, espèce d’ordure hérétique! et je l’ai poussé dans le vide.

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« Alors ceux qui craignent l’Eternel se parlèrent l’un à l’autre » (Malachie 3:16)

Tout le monde a déjà entendu parler de la loi Godwin selon laquelle « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. » Cette loi vient de l’avocat éponyme Mike Godwin qui a observé que lorsqu’une discussion s’éternise, le risque de survenance d’analogies extrêmes se profile. « Godwin » n’est pas une dénomination chrétienne, mais il se trouve bien des chrétiens pour être plus royalistes que le Roi, plus spirituels que le saint Esprit. Au cours d’un échange avec eux, on peut passer de la convivialité à l’anathème spirituel. C’est ce que j’appelle le point Spiwin, de « spi » : ceux qui sont encore plus spirituels que « God ».

 Adam et Eve bannis du Paradis (Ottavio Vannini).

Adam et Eve bannis du Paradis (Ottavio Vannini).

Le point Spiwin se voit sous deux angles : celui de qui est anathématisé et celui de qui condamne. Le premier est celui du mauvais chrétien, en tout cas déclaré comme tel parce qu’il ne pense pas comme celui qui l’expulse de la communauté chrétienne par le verbe, le mépris, l’accusation. Cela s’observe sur certains sites Internet chrétiens où se dégage une tendance élitiste (sans que l’on se rapproche de la fine fleur du christianisme), brouillonne ou non, surtout de type charismatique voire pentecôtiste – les autres dénominations étant plus enclines à la discussion argumentée. Mais on retrouve aussi cette attitude dans les échanges en dehors de la Toile ; et, malgré tout, s’y laisser piéger est toujours facile, tout comme succomber à la tentation de dénigrer. Les thèmes propices à la convocation de ce point Spiwin sont les interprétations de la Bible, les goûts ou encore la politique.

J’adore le sport ! j’adore quelques dieux du stade ! Il y a quelques années, l’on m’avait implicitement fait un reproche quant à mon suivi des courses le dimanche, jour du Seigneur. La personne qui m’avait gentiment repris s’adonnait, elle, à son loisir bien éloigné du mien. Mais c’était son loisir, il ne pouvait donc être répréhensible. Je n’aurais d’ailleurs jamais songé à lui prétendre le contraire. Encore moins en débutant un avertissement que j’aurais jugé nécessaire, suite à une mauvaise lecture d’Ezéchiel 3:18, par « Ainsi parle l’Eternel ! – et je suis son prophète ! » Il est assez courant de voir des gens ne pas accepter que leurs prochains aient d’autres goûts que les leurs… mais, quand cette détestation survient chez certains chrétiens, elle peut être accompagnée de jugements spirituels, d’examens de la sainteté de leurs interlocuteurs, comme des matrones étaient en charge de contrôler la virginité des demoiselles à une époque heureusement révolue. Et ces nouvelles matrones ne sont pas des Michel Ange asexués dans l’art de la sodomie des mouches… un simple détail peut leur suffire à excommunier un frère ou une sœur ou lui demander publiquement si Jésus est réellement son sauveur – ce qui permet de se mettre spirituellement en valeur, espère-t-il éventuellement, mais révèle  l’attachement de l’inquisiteur à la chair (Colossiens 2:23).

Il est triste de voir des chrétiens se laisser dominer et examiner par d’autres croyants désireux de vérifier s’ils sont encore disponibles pour l’hyménée céleste avec le Christ, et si leur giron spirituel n’abrite pas un enfant de Satan qui serait ensuite caché sous le lit jusqu’à la noce. Il est affligeant de voir des chrétiens s’octroyer un droit d’inquisition quant à la foi de leurs prochain à cause de différences d’appréciations. Et c’est un sujet de tristesse qui ne s’épuise pas, qui a encore révélé sa pleine verve lors de la récente campagne politique.

« Chrétiens sionistes ! », « catholiques intégristes ! », etc., ont été allègrement envoyés dans les dents de certains supporteurs, pourtant évangéliques, d’un candidat. Sachant bien que le crime de « catholicisme intégriste » surtout est très usité pour discréditer un adversaire. Dans un article du 6 mars dernier, le quotidien Le Monde n’a-t-il pas tenté de jeter l’anathème sur le candidat à l’investiture républicaine, Rick Santorum, en le présentant comme un catholique intégriste du seul fait qu’il fréquente une paroisse dont certains services sont en latin ? En cause : la prise de position de certains chrétiens pour un candidat plus proche d’Israël que l’autre et refusant les transgressions éthiques (euthanasie, accroissement de l’avortement). Dans des échanges, les arguments des supporteurs de ce candidat ont ainsi été rayés d’un revers de main, comme certains se contentent de secouer la tête sur un plateau de télévision pour réduire à néant une argumentation qu’ils ne sauraient autrement défaire. Après la reductio ad hitlerum, celle ad catholicum, en attendant celle ad Santorum lors de la campagne présidentielle aux Etats-Unis. De l’autre côté, des supporteurs du candidat d’en face ont parfois aussi eu le sentiment d’être incompris, peut-être insultés, en tout cas d’être réduits à leur choix.

La question qui reste est celle de savoir si les chrétiens seront un jour capables de discuter de politique tout en s’écoutant les uns les autres, malgré des désaccords peut-être irréductibles (on ne me fera jamais voter pour l’autre camp, ce qui ne m’empêche pas d’avoir des amis chrétiens de tous bords politiques) et de se répondre avec politesse, à défaut de chaleur fraternelle, sans chercher à se discréditer les uns les autres, sans mettre en doute la conversion de leurs interlocuteurs (voire opérer une reductio ad hominem en liant la position politique contestée de leur frère ou soeur à un autre défaut supposé qui disqualifierait tout propos gênant de la personne – exemple : Céline, antisémite, ne saurait être considéré comme un grand écrivain par certains, idem pour Proust ou Michel Ange, homosexuels).

Comment dénoncer un point Spiwin tout en aimant réellement son prochain ?… Mon sentiment depuis des années est que les chrétiens aiment plus facilement ceux qui pensent comme eux que ceux qui divergent d’eux. Ces derniers le constatent vite, repris très fraternellement à coups de bâtons, aisément vus comme la verge avec laquelle l’Éternel assène sa fureur (Lamentations 3:1).

Pourtant, Jésus demande quelle récompense aura celui qui se contente de n’aimer que ceux qui l’aiment (Matthieu 5:46-47), il révèle que cette attitude n’est pas plus spirituelle que celle des non-croyants par un « Les publicains ne le font-ils pas aussi ? » Cela ne ressemble-t-il pas à l’amour porté uniquement à ceux qui pensent comme soi ? Et que dire de ceux qui débordent de « Sois béni ! » pour qui pense comme eux et de « Sois banni ! », exprimé ou non, pour qui ne s’accorde intellectuellement pas avec eux ? Ne correspondent-ils pas au « Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens ne le font-ils pas aussi ? », lancé par le Christ ? Ne parlons même pas de ceux qui toisent leurs interlocuteurs d’un « Sois béni ! », signifiant tantôt « Progresse ! », tantôt « Malgré mon mépris pour toi que je tente de dissimuler, je ne t’en veux pas… » et qui est un détournement de la bénédiction dénoncé par la Bible : « Si l’on bénit son prochain à haute voix et de grand matin, cela est envisagé comme une malédiction » (Proverbes 27:14). L’hyperspiritualité manifestée par des anathèmes spiwinpointés, relevant d’une véritable reductio ad hitlerum vernie de charité à bon marché ou l’hypocrisie de certaines prétendues paroles de bénédictions, c’est honorer Dieu des lèvres. Seulement des lèvres parfois. Au maximum, des lèvres, quand ne sont pas également énoncés sarcasmes et autres formes d’injures.

 John John Summer

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